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mercredi 2 décembre 2020

EM. Malgré la guerre, les exportations de farine et huile de poissons continuent

Alors que la guerre d'indépendance a repris le 13 novembre au Sahara Occidental entre le Maroc et l'Armée de libération sahraouie, deux navires viennent de quitter le port de El Aaiun après avoir chargé des produits transformés de poissons pêchés dans les eaux sahraouies sans le consentement du peuple sahraoui.

Le bateau Oramalia, immatriculation 9392640, pavillon Gibraltar, qui peut transporter 6 863 tonnes de marchandises, a chargé de l'huile de poisson. Il est parti ce 1er décembre pour Tan-Tan au Maroc où il va charger aussi.
Ces huiles sont probablement à destination de la Hollande ou d'un autre port d'Europe.

Le bateau Ekmen Trans, immatriculation 9204348, pavillon Panama, qui peut transporter 6 687 tonnes de marchandises, a chargé de la farine de poissons.
La cargaison est probablement à destination de Gulluk en Turquie, comme celle d'environ moins 5 500 tonnes, chargée à bord du bateau le Tango Sol (OMI 915901, pavillon Iles Cook), qui est parti de El Aaiun le 26 novembre, soit il y a 5 jours, pour la même destination.

Les cargaisons sont chargées depuis des camions arrivant au moins depuis les usines de transformation de El Marsa, zone industrielle située juste à côté du port de El Aaiun.

Équipe Média a fait une évaluation prudente de la valeur des cargaisons potentiellement chargées, sur la base des prix mondiaux.

La valeur de la quantité de farine de poisson des deux navires concernés par le pillage depuis la reprise de la guerre, Ekmen Trans et Tango Sol, est d'environ 12 millions d'euros.
Le prix de la tonne est actuellement estimé a 1 200 euros, selon Index Mundi.

Le précédent navire parti avec une cargaison illégale de farine de poisson, le Princess Nabiha (OMI 9144457, pavillon panama) avait quitté le port de Elaaiun 3 jours avant la reprise de la guerre, le 10 novembre, avec environ 5 000 tonnes de farine de poisson, de même pour la Turquie.

La valeur de la cargaison d'huile de poisson partie à bord de l’Oramalia est de 3, 6 millions d'euros (3 600 000), si la quantité chargée est de 3 000 tonnes, et le prix de la tonne à 1 200 euros (données Statista 2019).

Une grande quantité de poissons est nécessaire à la transformation en farines et huiles, qui sont toutes exportées du Sahara Occidental vers l’Europe ou la Turquie. Les prises sont sans commune mesure avec les besoins de la population vivant sur le territoire occupé, les Sahraouis, les colons marocains, les immigrants africains.

La pêche industrielle et intensive pratiquée abusivement par le Maroc et ses partenaires dans les eaux sahraouies ne respecte absolument pas le rythme des poissons, ni l’écosystème marin.

Cette pêche est d’autre part totalement illégale, de même que la vente des produits transformés, puisqu’il est interdit d'acheter les produits sahraouis obtenus sans le consentement du Polisario, représentant du peuple légitime du Sahara Occidental.

Équipe Média, El Aaiun, le 1er décembre 2020
Sahara Occidental occupé

lundi 23 novembre 2020

Actions militaires de l’armée sahraouie - Bulletin 1 à 10 - Extraits

Actions militaires de l’armée de libération sahraouie
Extraits

Déclaration militaire 10
Samedi 21 novembre 2020, cible des positions retranchées des forces marocaines dans la zone de Fudra Al’ach dans le secteur de Hawza
Dans l'extrême sud, bombardement des positions marocaines dans la zone d'Athaim Um Ajloud dans le secteur d'Aousserd.

Dimanche 22 novembre, violents bombardements sur les tranchées marocaines stationnées dans le secteur d’Es-Smara.
Des bombardements directs ont visé les soldats marocains dans la vallée de Rouss, Oudeyat Ghalia, dans le secteur d'Amgala.
Bombardements d'un centre marocain dans la zone Athaim Um Ajloud dans le secteur Aousserd, à nouveau.

Déclaration militaire 09
Samedi 21 novembre des unités de l'ALPS ont attaqué contre les bases marocaines dans le secteur d'Amgala, la zone d'Aghzalat-Lakhcheibi dans le secteur de Smara, la zone de Fadrat-Bruk dans le secteur de Hawza, et la zone de Fadrat-Lamras dans le même secteur.

Déclaration militaire 08
Attaques jeudi 19 novembre des positions marocaines dans les zones : Alfayine dans le secteur Farsia, Umdegan dans le secteur Bagari, Rus-Sabti dans le secteur Mahbas, Shaidmia et Umlagta dans le secteur Mahbas et Glaibat-Alagaya dans le secteur Aousserd.

Vendredi 20 novembre, attaques contre les zones de Rus-Audei-Umrukba dans le secteur de Mahbas, et de Rus-Fadrat-Tamat dans le secteur de Hawza.

Déclaration militaire 07
Nuit de mercredi 18 à jeudi 19 novembre 2020
Bombardement des forces marocaines dans le secteur d'Oum Dreyga
Opérations de bombardement concentrées sur plusieurs sites de retranchement des forces d'occupation marocaines dans les secteurs Amgala, Haouza, Farsia et (Oum Dreyga deux fois violemment)

Déclaration militaire 06
Mardi et mercredi 17 et 18 novembre 2020,
Attaques intenses derrière le mur
Plusieurs opérations de bombardement concentré sur les sites marocains du secteur de Farsia et d’Amgala.
Autres bombardements des sites marocains du secteur de Smara et El Baggari.

Déclaration militaire 05
À l’aube du 17 novembre 2020
Attaque contre le point d’alerte/sonnette 51 - légion 29 secteur Amgala
Sonnette 71 dans le secteur de Haouza, la base n°4 du secteur Amgala,
Bombardement de la base n°20 près d’El Rous Essabti et du point d’alerte/sonnette191 du secteur de Farsia, ciblé deux fois
Bombardement de la base n°12 du bataillon 47 dans le secteur Oum Dreyga et la base n°4 du bataillon 63 dans le secteur Baggari

Déclaration militaire 04
Le 16 novembre 2020
Les frappes sur le point d’alerte 71 dans le secteur Haouza, la base n°4 du secteur Amgala durant une heure (de 8h30 à 9h30).
Bombardements :
- de la base n°20 près d’El Rous Essabtti a 12h00
- du point d’alerte 191 du secteur de Farsia, ciblé deux fois a 10h50 et 14h30
- de la base n°12 du bataillon 47 dans le secteur Oum Dreyga à 11h50
- de la base n°4 du bataillon 63 dans le secteur El Baggari a 14h15.

Déclaration militaire 03
Le 15 novembre 2020
Survols aériens marocains et réponses aux attaques
Les bombardements de l'armée de libération ont ciblé plusieurs centres marocains,
- les bases 17 et 18 à El Farsia
- la base 13 relevant du régiment 67 à El Baggari
- la base 04 du régiment 64 dans la région de Diret,
- le point d'observation/sonnette 71 de la base n°7 entre Laariche et Fedret Laghrab à Haouza.

Bombardement de la base 13 à Glaib diret a Hauza
Bombardement de la base 25 relevant du régiment 40 dans la région Oum Lagta
On a vu des flammes dans cette base lors du bombardement
La base 20 du bataillon d’infanterie 68 dans la région d’Adhaim Ajloud.

Déclaration militaire 02
Le 14 novembre 2020
Bombardement de la base 13 régiment 67 du secteur El Baggari hier près de la région Tinligue .
Les secteurs El Mahbes et El Gargarat des attaques missiles et mitrailleuse.

Déclaration militaire 01
Vendredi 13 novembre 2020
Attaques intensives contre les positions marocaines de Mahbes, Haouza, Aousserd et Farsia
A El Mahbes bombardement successif de la base 23
Haouza, bombardement similaire particulièrement sur la base n°4 et la sonnette 71
Aousserd des attaques sur les bases 17 et 172
Farsia, attaque des bases 18 et 17 à 16h00 et 17h00 à la mitrailleuse.
Constat de panique chez les militaires marocains.


Traduction EM-Apso, non officielle

mardi 4 février 2020

EM. CAN Futsal 2020, du sport sous haute surveillance armée

La Coupe d’Afrique des Nations en Futsal est accueillie du 28 janvier au 7 février 2020 par le Maroc au Sahara Occidental, pays qu’il occupe militairement sur plus de 75% de sa surface.
8 équipes sont en compétition, pour cette coupe en totale contradiction avec les valeurs du sport. Elles sont groupe A : Ile Maurice, Guinée équatoriale, Libye, Maroc ; groupe B : Égypte, Guinée, Angola, Mozambique. Chaque équipe compte 5 joueurs et 7 remplaçants.
À noter que l’Ile Maurice s’est retirée de la compétition pour des raisons éthiques (selon les médias) après le premier match. À noter aussi qu’il n’y a pas d’équipe sahraouie en compétition.

Depuis le 28 janvier, à El Aaiun, capitale du Sahara Occidental occupé, des barrages et barricades entourent la salle de la compétition, contrôlent et bloquent tous les accès. Des policiers et agents de renseignements généraux sont omniprésents dans la zone, les rues et ruelles alentours.

Les premiers matchs n’étaient accessibles qu’à un public invité, dûment sélectionné. Un journaliste qui s’est présenté comme tel pour assister au premier match a été interdit d’entrer, sans explication. Il est membre de l’Équipe Média, agence de presse sahraouie en territoire occupé (EM).

Suite au départ de l’Ile Maurice de la compétition et à ses remous politiques, les accès n’ont plus été conditionnés aux invitations. Néanmoins, le 1er février, 3 journalistes de la même agence EM, amateurs de sport, n’ont eux pas pu dépasser le premier barrage à 300 mètres de l’entrée du stade où les agents des renseignements généraux les ont reconnus et leur ont interdit d’aller plus loin. Ces mêmes agents les ont ostensiblement suivis jusqu’à voiture et taxi, et se sont assurés de leur départ de la zone.
Ces manières d’intimidations ont eu l’effet assurément escompté. En effet, les photographes de l’EM n’ont pas essayé d’assister aux matchs par crainte de confiscation de leur matériel, ce qui leur arrive fréquemment lors de couvertures de manifestations populaires et politiques de revendication de l’indépendance du Sahara Occidental.

Des correspondants EM restés anonymes et des spectateurs proches de l’EM ont assisté aux matchs Libye - Guinée équatoriale et Guinée - Angola. Selon leurs commentaires, sur les 372 fauteuils de la salle, les 120 spectateurs présents étaient opposés avec côté gauche du public ordinaire, côté droit les visiteurs étrangers, les membres de la Fédération royale marocaine de football et les hauts responsables locaux. Les entrées étaient gratuites.
Il y avait aussi dans la salle 60 agents de sécurité en tenues sportives soit 30 policiers équipés de talkie-walkie et pistolets, et 30 agents des forces auxiliaires para militaire avec talkie-walkie et matraques.
Sur le terrain les matchs ont fini respectivement sur les scores de 2-1 et 1-5. L’ambiance dans le public essentiellement composé de colons marocains n’était pas au rendez vous, et si l’arbitrage était bon, le jeu a manqué singulièrement de rythme.

À l’extérieur de la salle, les correspondants EM ont pu constater la présence de 100 véhicules de police et des forces auxiliaires et presque 500 policiers, agents de force auxiliaire et les Blair, des soldats en tenues de police. Photos et vidéo ont très difficiles à prendre dans ces conditions d’où leur médiocre qualité.

La compagnie Total, le sponsor affiché de la compétition n’a peut être pas consulté son service éthique avant de s’engager en soutien de cette CAN Futsal. En effet, si l’on ne considère pas uniquement comme coïncidences ses départs de l’exploration pétrolière sur le bloc Anzarane - offshore du sud du Sahara Occidental - après les avis juridiques rendus au conseil de sécurité de l’ONU et à la cour de justice de l’UE affirmant illégales les activités du Maroc au Sahara Occidental puisque ce sont deux pays séparés et distincts, alors Total soutient ici paradoxalement un régime d’occupation, loin du sport.

En réalité, ce déploiement policier disproportionné est probablement bien plus coûteux que les dépenses sportives. Alors les sanctions annoncées par la CAF (brève RFI) contre les équipes d’Afrique du Sud et de l’Ile Maurice qui ont renoncé à la compétition par respect du droit international, soit suspension pour les deux prochaines CAN et amende de 75.000 dollars, font douter de la profondeur de l’examen de la situation par cette CAF qui semble sur tous les plans avoir oublié ses valeurs. Cela interroge sur les motivations réelles à l’organisation par le Maroc, à El Aaiun occupé, d’une telle compétition.

Équipe Média, Sahara Occidental occupé
El Aaiun, le 4 février 2020

Crédit photo EM
       

mardi 22 janvier 2019

EM. Pas d’innovation au Sahara Occidental occupé, interdictions et répressions

Parmi les déplorables poncifs d'une colonisation militaire, soit les multiples contraintes, interdictions, entraves, privations, discriminations, répressions sur la population autochtone, le Maroc ne fait preuve d'aucune originalité dans la partie du Sahara Occidental qu'il occupe illégalement par la force armée.

S'il est besoin de redire que les citoyens Sahraouis n'y sont pas libres de circuler, ou de parler, alors les faits récents sont à relater.

Un groupe de 13 civils sahraouis avisés a effectué une visite dans les campements de réfugiés sahraouis en terre algérienne, et dans le territoire libéré du Sahara Occidental géré par la République Sahraouie en exil. Leurs activités du 30 décembre au 13 janvier 2019 étaient privées et citoyennes, rencontres familiales, échanges et réflexions politiques.

De retour au Sahara Occidental, de la volonté de partager, ils ont fait le projet d'aller ensemble à Smara, Bougdour et Tantan pour rencontrer des groupes de Sahraouis intéressés. Insultés à la descente de l'avion, - et même frappé pour le coordinateur d'EM -, le groupe a ensuite rencontré des barrages policiers et militaires sur chacune de leurs routes.

À chaque fois les forces d'occupation, cocktail de militaires, policiers et agents du renseignement, les ont obligé à faire demi tour, parfois à quelques kilomètres de leur destination.
Aux commandes pour empêcher les 13 civils pacifiques d'aller à Smara, le préfet Hassan Abou Dahab et le Pacha, escortés de 30 véhicules de police, force auxiliaires et les forces paramilitaire.
Sur la route de Bougdour, 150km au sud de El Aaiun, au poste de contrôle «  Agtti El Ghazi » : 5 camions de gendarmerie et deux des forces auxiliaires. Les habitants de Bougdour qui ont voulu faire le trajet inverse pour rencontrer leurs amis n’ont pas pu passer non plus.
Au poste contrôle direction Tantan, 30 véhicules de police, force auxiliaires et les forces paramilitaires.

Certains que la Minurso, instance onusienne sur place chargée de défendre au moins le droit de vote référendaire des Sahraouis, devait être informée avant que la rumeur ne déforme les faits, le groupe a décidé de rencontrer son chef Colin Stewart, et  a butté à nouveau sur un important groupe policier et paramilitaire. Personne n’a pu passer la porte.
Un policier marocain a commenté que la nation sahraouie n'arriverait jamais à rien avec une femme comme cheffe, en voyant la militante Aminatou Haidar mener la délégation. Il n'a pas voulu donner son nom aux journalistes de la délégation.

Les Sahraouis ne peuvent pas non plus librement protester en manifestant collectivement contre les multiples irrespects de leurs droits fondamentaux, quelques soient les formes administratives qu'ils aient respectées.

Ces mêmes jours du 15 au 18 janvier 2019, des Sahraouis ont tenté de protester à Smara contre la décision des députés européens d'adopter un accord commercial avec le Maroc qui inclut le Sahara Occidental, d’autres à Dakhla contre les discriminations constantes à leur égard et le pillage des ressources de leur terre occupée. Tentations réprimées…

Hélas, rien ne change au Sahara Occidental occupé.


Équipe Média, El Aaiun, le 21 janvier 2019
Sahara Occidental occupé

samedi 20 octobre 2018

Consignes aux douanes UE après le jugement de la Cour Européenne de 2016

Note d'orientation aux autorités douanières suite au jugement le 21 décembre 2016 de la Cour de Justice de l'Union Européenne - affaire C-104/16P (Sahara Occidental)

Original en anglais à télécharger ici (ou voir dessous) https://ec.europa.eu/taxation_customs/sites/taxation/files/guidance-2017-03-15.pdf
Traduction en français par Apso

Implications douanières du jugement de la CJUE dans l'affaire C-104/16P (Sahara Occidental)

Le 21 décembre 2016, la Cour Européenne de justice (CJUE) a déclaré que le champ d'application territorial de l'accord d'association UE-Maroc (et les protocoles y annexés) ne couvre pas le Sahara Occidental
(WS).
La Commission a informé les États membres de cet arrêt de la CJUE par le biais du Groupe d'experts de la Commission (GEC - Questions douanières internationales et GEC - Origine).
Des orientations pratiques à l'intention des autorités douanières des États membres sur les conséquences de la décision de la CJCE concernant l’importation de biens en provenance de WS sont nécessaires. Les conseils doivent être basés sur la législation et la jurisprudence européennes pertinentes.

Principes généraux :

• Les orientations s’appliquent aux marchandises importées dans l’Union européenne à compter du 22 décembre 2016.
Les biens importés dans l'UE avant le 22 décembre 2016 ne sont pas inclus.
• Les marchandises importées dans l’Union Européenne, dont l’origine est Sahara Occidental, doivent être déclarées comme telles (le code approprié qui doit figuré sur la déclaration en douane est EH) ; les préférences tarifaires ne peuvent être revendiquées dans la déclaration en douane et ne sont pas accordés : les taux de le nation la plus favorisée (NPF) s’appliquent.
• Le titre VI du protocole n ° 4 de l'accord d'association est applicable en cas de doute raisonnable concernant l’origine des marchandises couvertes par une preuve d’origine préférentielle.

Coopération administrative dans le cadre de l'accord d'association :
L'article 32, paragraphe 2, du protocole n°4 stipule que, pour garantir la bonne application du protocole, l'UE et le Maroc se prêtent assistance, par l'intermédiaire des autorités douanières compétentes.
En cas de doute raisonnable sur l'authenticité des preuves de l'origine et sur l'exactitude des informations fournies dans ces documents, les autorités douanières de l'État membre d'importation adressent une demande de vérification aux autorités marocaines compétentes.
Dans le contexte de la décision de la CJUE, la demande de vérification doit spécifier que l'autorité requérante souhaite obtenir une réponse sur le lieu de production / de fabrication précis des produits couverts par la preuve d'origine. Tous les documents et informations obtenus suggérant que les informations fournies sur la preuve d'origine sont incorrectes sont transmis à l'appui de la demande de vérification.

L'autorité douanière de l'État membre importateur refuse le traitement tarifaire préférentiel dans les cas suivants :
• La réponse confirme que les produits ne relèvent pas du champ d'application territorial de l'accord d'association UE-Maroc ;
• la réponse ne contient pas les informations demandées ;
Aucune réponse n’est reçue dans le délai imparti (soit 10 mois).
Le traitement préférentiel ne doit pas être refusé sans invoquer le titre VI du protocole n ° 4 de l'accord d'association (c'est-à-dire sans demander de vérification).


Texte original en anglais
Customs implications of ECJ judgement in case C-104/16P (Western Sahara)
On 21 December 2016, the European Court of Justice (ECJ) ruled that the territorial scope of the EU-Morocco Association Agreement (and the protocols hereto) does not cover Western Sahara
(WS).
The Commission made Member States aware of this ECJ judgement through the Customs Expert Group (CEG - International customs matters and CEG - Origin).
Practical guidance to the customs authorities of the Member States on the implications of the ECJ ruling as regards the import of goods from WS is needed. The guidance must be based on relevant EU legislation and jurisprudence.

General principles:

• The guidance applies to goods imported into the EU as of 22 December 2016. Goods imported into the EU before 22 December 2016 are not included.
• Goods imported into the EU, whose origin is WS shall be declared so (the appropriate code to be mentioned in the customs declaration is ΈΗ’); tariff preferences cannot be claimed in the customs declaration and shall not be granted: the MFN duty rates apply.
• Title VI of Protocol 4 of the Association Agreement is applicable in case of reasonable doubt regarding the origin of goods covered by a preferential proof of origin.

Administrative cooperation under the Association Agreement:
Article 32(2) of Protocol 4 stipulates that in order to ensure the proper application of the protocol, the EU and Morocco assist each other, through the competent customs authorities.
In case of reasonable doubt about the authenticity of the proofs of origin and the correctness of the information given in these documents, the customs authority of the Member State of import sends a request for verification to the competent Moroccan authorities.
In the context of the ECJ ruling, the request for verification should specify that the requesting authority wants to obtain a reply on the precise place of production/manufacture of the products covered by the proof of origin. Any documents and information obtained suggesting that the information given on the proof of origin is incorrect is forwarded in support of the request for verification.
The customs authority of the importing Member State denies preferential tariff treatment where:
• The reply confirms that the products do not fall within the territorial scope of the EUMorocco Association Agreement;
• The reply does not contain the requested information;
No reply is received within the established deadline (i.e. 10 months).
Preferential treatment should not be denied without invoking Title VI of Protocol 4 of the Association Agreement (i.e. without requesting verification).

mercredi 14 mars 2018

EM. Invasion de bateaux pirates au Sahara Occidental occupé

Bientôt plus de 250 000 tonnes de phosphate seront expédiés hors du Sahara Occidental, pour une valeur de plus de 25 millions de dollars US. Il n’y a aucune information concernant l’accord des propriétaires, les Sahraouis, à la vente de ce phosphate par l’OCP, une compagnie marocaine. L’absence de consultation et assentiment rend l’opération illégale.
Les premiers 50 000 tonnes de minerai de phosphate sont en cours de chargement à bord du vraquier le Triton Swan actuellement amarré à quai. 4 autres vraquiers sont en attente à l’ancre au sud du port.

Les 4 vraquiers en question sont les suivants, détaillés par leur ordre d’arrivée au large de El Aaiun.
Le Triton Swan, IMO 9632985, bat pavillon du Panama, son port en lourd est de 61457 tonnes. Il est arrivé le 15 février en provenance de Fos sur mer (France), et après une escale à Gibraltar. Selon les informations disponibles, son propriétaire est Triton Navigation - Amsterdam, Netherlands.
L’African Sunbird, IMO 9397884, bat pavillon du Panama, son port en lourd est de 55688 tonnes. Il est arrivé le 22 février en provenance de Rotterdam (Pays-Bas) avec une escale à Las Palmas (Espagne). Son propriétaire semble être Misuga Kaiun - Tokyo, Japan
L’Ultra Passion, IMO 9811907, bat pavillon du Panama, son port en lourd 63472 tonnes. Il est arrivé le 27 février en provenance de Oran (Algérie) via Las Palmas. Son propriétaire est Ultrabulk A/S, Denmark
Le Zeyno, IMO 9700421, bat pavillon de Malte. Son port en lourd 63064 tonnes. Il est arrivé le 27 février en provenance de Fos sur mer (France). Son propriétaire est Gsd Denizcilik Gayrimenkul, Turquie.
Le Bi Jia Shan, IMO 9632272, bat pavillon de Hong Kong. Son port en lourd est de 56625 tonnes. Il est arrivé le 14 mars en provenance de Civitavecchia (Italie) via Las Palmas. Son propriétaire et opérateur est China Shipping International Shipmanagement Co, Shanghai, Chine.

Les raisons de cette affluence de vraquiers et la longue attente de certains n’est pas connue. Des marins interrogés ont fait allusion à des périodes de vent fort qui pourraient avoir empêché une approche du quai, mais ont douté de la pertinence de cette raison sur une telle durée.
Les travailleurs du phosphate n’ont pas fait état de problème avec le convoyeur de 100km qui relie les mines de Boucraa au port.
Une autre hypothèse serait que cette attente pourrait être liée au jugement finalement rendu par la justice sud-africaine le 24 février, statuant que la cargaison de 55 000 tonnes de phosphate immobilisée depuis 9 mois à Port Elisabeth à bord du NM Cherry Blossom, originairement transportée pour être vendue par l’OCP, l’était illégalement et appartient en droit au peuple Sahraoui.
Néanmoins la logique ne tient pas. Les risques juridiques et financiers inhérents au transport de ce phosphate sont clairement réels, et ont probablement des incidences sur les stratégies des compagnie de transports et leurs commanditaires, mais ces 5 navires sont en attente de chargement. Cela d’autant que de gros acheteurs déclarés, comme Nutrien, ont annoncé avoir décidé de ne plus s’approvisionner en territoire occupé à partir de cette année.
Un importateur cherche-t-il à faire des stocks prévisionnels ?
Au moment de la publication de cet article, les destinations des navires ne sont pas connues, ni les identités des entreprises pour qui sont les cargaisons.

De récents mouvements de bateaux européens au port de El Aaiun sont rapportés ici pour leur collaboration aux activités marocaines sur le territoire occupé militairement.
Les navires sont le Marley, le Oceanic, le Eems Dublin.
Le 12 mars 2018 le bateau Belge le Marley, IMO 9116814, a jeté l'ancre dans la baie du port d’El Aaiun. C’est son 4ème transport en provenance de Casablanca depuis début février. Il a, à chaque fois, déchargé sa cargaison à El Aaiun.
Le Océanic, sous pavillon des Pays-bas, IMO 9624550, est arrivé le même jour, en provenance de Ceuta.
Le Eems Dublin, sous pavillon des Pays-bas aussi, vient de partir à vide du port de El Aaiun après avoir déchargé. Il était arrivé le 8.
Ces trois navires ont la capacité de transporter des éléments d’éoliennes.
Des sources ont confirmé que le Eems Dublin avait apporté des nacelles, rotors, multiplicateurs et des générateurs. Ces appareils seraient destinés aux projets éoliens de Boujdour.
Les parcs de production d’énergie à origine éolienne sont construits au Sahara Occidental par le Maroc pour servir ses activités d’occupation illégale, et selon nos connaissances, ils n’ont pas reçu l’autorisation des représentants du peuple sahraoui.
La cour de justice de l’Union Européenne vient de rappeler à tous ses membres, par son jugement de décembre 2016 sur l’accord commercial EU-Maroc, puis de janvier 2018 sur l’accord de pêche entre les mêmes parties, que les activités avec ou pour le Maroc au Sahara Occidental sont illégales sans l’accord des Sahraouis. Les navires européens indiqués ci-dessus ont donc des activités litigieuses.

D’autre part, depuis le 15 février 2018, le bateau russe Akademik Primakov, IMO 9187514, accompagné des navires d’appui et sécurité le Sursum Corda, et le Marja, ont été observés au large de El Aaiun. C’est à cette période qu’ont commencées les boucles des relevés sismiques. Le navire de 92,5 mètres de long est équipé de 16 treuils de flûtes sismiques pour l'acquisition de données sismiques 3D. Il a une capacité de 68 personnes à bord.
Le BGP Prospector, IMO 9545986 et pavillon Bahamas, effectue lui des relevés sismiques au large de Bougdour au moins depuis le 5 février. Le navire est accompagné du Geo Service 1, du Flamingo et du Shannon.
Les deux navires opèrent sans l’autorisation des Sahraouis.

À Dakhla, le bateau Italien Rhapsody, IMO 9104835, propriété de Grandi Navi Veloci, en provenance de Marseille via Las Palmas est arrivé au port le 10 mars 2018. Avec une capacité de 2650 passagers et 708 véhicules, le bateau est au service de l’édition 2018 du Forum Crans Montana, prévu jusqu’au 20 mars 2018. Il l’avait été de même en 2016. Le site d’information Tourmag précise « 600 participants seront invités à bord. Du 10 au 18 mars 2018, GNV met à disposition ses services d'hébergement et d'hôtellerie et un service de pension complète. Il accueillera également la soirée de gala avant de partir pour une mini-croisière vers Casablanca. »
Le Forum Crans Montana censé réunir « des chefs d’État, des organisations internationales et des entreprises autour de l'Afrique » est en fait l’organisation d’un événement marocain de promotion de sa colonisation du Sahara Occidental. L’instrumentalisation de l’objet et du lieu de la réunion sont dénoncés par l’Union Africaine qui a appelé, comme en 2015, tous les États membres, les organisations de la société civile africaine et les autres acteurs concernés à boycotter la présente édition.

À noter, le 9 octobre 2017 EM avait publié un article informant d’un phénomène similaire de file d’attente de vraquiers de transport du phosphate. Ils étaient alors 3. Ce ne sont pas les seuls transports de phosphate des derniers 6 mois. Les informations systématiques sur les navires du phosphate, leurs cargaisons, destinations et propriétaires, sont étudiées et rapportées par l’organisation internationale WSRW, observatoire des ressources naturelles du Sahara Occidental. Elles sont disponibles en ligne.

Équipe Média, Sahara Occidental occupé
El Aaiun, le 14 mars 2018

Capture écran vesselfinder.com

mardi 13 juin 2017

ACAT. Procès Gdeim Izik, saisine Rapporteurs ONU, visite Macron au Maroc

ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) - Communiqué de presse

Procès de Gdeim Izik - Requête de l'ACAT auprès des rapporteurs spéciaux de l’ONU
Visite de M. Macron au Maroc – Le président doit affirmer sa vigilance sur les droits de l’homme
 
Emmanuel Macron sera en visite officielle au Maroc les 14 et 15 juin, où il rencontrera le roi Mohammed 6. Selon l’ACAT, il est nécessaire que le président français évoque publiquement la question du procès emblématique de Gdeim Izik actuellement qui se déroule actuellement devant la Cour d’appel de Rabat. Mardi 13 juin, l’ACAT a déposé une requête [1] auprès de plusieurs rapporteurs spéciaux  de l’ONU [2] pour dénoncer les violations graves subies par les 24 militants politiques et défenseurs des droits de l’homme sahraouis qui font l’objet d’un procès inique, caractérisé notamment par la prise en compte d’aveux signés sous la torture.
 
Selon Hélène Legeay, responsable Maghreb/Moyen-Orient à l’ACAT, « Nous espérons qu’Emmanuel Macron fera preuve, à l’égard de Mohammed VI, de la même fermeté qu’avec Vladimir Poutine. Le procès de Gdeim Izik est emblématique du peu d’égard du Royaume pour les droits de l’homme en général et les droits des sahraouis en particulier. La France, en tant que premier partenaire du Maroc, ne peut décemment pas fermer les yeux sur cette affaire. »
 
L’iniquité du procès se révèle chaque jour de plus en plus criante. Bien que le président de la Cour d’appel de Rabat ait finalement consenti à ce que certains des accusés soient soumis à des expertises médico-légales, ces dernières ne sont absolument pas conformes aux standards d’enquête détaillés par le Protocole d’Istanbul et servent d'alibi à la Cour pour qu'elle puisse une nouvelle fois se fonder sur les aveux que les accusés ont signés sous la torture. Les avocats de la défense n'ont cessé d'être censurés tout au long du procès et n’ont pu aborder la question de la torture ainsi que celle de l’applicabilité du droit international humanitaire. Depuis l'expulsion dans la violence de deux avocates françaises de la défense, les accusés n'assistent plus à leur procès et sont représentés par des avocats dont certains suivaient jusqu'à présent le procès aux côtés de la partie civile adverse.
 
Les 24 accusés de Gdeim Izik ont été arrêtés, torturés et condamnés à de lourdes peines sur la base d’aveux signés sous la torture en raison de leur participation  à un camp de protestation sahraoui en 2010. Les condamnations ont été prononcées le 16 février 2013 par le tribunal militaire à l’issue d’un procès inique. Le 27 juillet 2016, la cour de cassation a cassé le jugement et renvoyé les accusés devant la cour d’appel de Rabat. Le 12 décembre 2016, le Comité contre la torture des Nations unies a condamné le Maroc pour les tortures infligées à l’un des 24 accusés, Naâma Asfari. A ce jour, la décision n’a toujours pas été mise en œuvre par le Maroc qui a annoncé au Comité qu’il la rejetait en tous points.
 
Notes :
• [1] Notre requête aux rapporteurs spéciaux de l’ONU est en pièce jointe et peut être consultée en suivant ce lien : https://www.acatfrance.fr/public/communication_rs_gdeim_izik.pdf
• [2] L’ACAT a saisi les rapporteurs spéciaux sur la torture, sur l’indépendance des juges et des avocats, sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression et sur la droit de réunion pacifique et d’association.

jeudi 8 juin 2017

EM. Une perpétuité ne pourra occulter les 200 millions de dollars annuel du phosphate volé


Lundi 5 juin 2016, le procès des prisonniers politiques sahraouis du groupe Gdeim Izik s’est ouvert devant la cour d’appel de Salé. Les militants sahraouis pour l'indépendance et le respect des droits mais aussi les avocats de la défense par leur absence, protestent contre ce procès inique, dont les premières audiences ont eu lieu le 13 mars 2017 après plusieurs mois de reports.

Le 6 juin dans l'espace autorisé aux manifestations sahraouies, entouré du brouhaha de sonos marocaines, les amis du condamné à perpétuité Sid Ahmed Lemjayed affirmait leur soutien et leurs revendications, parmi 80 autres manifestants.
Sur les panneaux on pouvait lire : "Agrium shame on you", "Le phosphate est sahraoui, il est à notre peuple"
Sid Ahmed Lemjayed est président du CSPRON, comité de soutien au plan de paix et de protection des ressources naturelles au Sahara Occidental.

Interrogé, Mohamed Jaaim, secrétaire général de CSPRON a affirmé : "je dénonce le pillage systématique des ressources naturelles au Sahara Occidental par le Maroc et ses complices, en particulier le phosphate, élément indispensable dans l’agriculture mondiale. 
Sid Ahmed a été condamné à perpétuité parce qu'il a pris position politiquement, et non pour des actes qui n'ont jamais été prouvés. 
Nous avons créé le CSPRON en 2005 et depuis cette date et même avant il affirme que l'occupation de notre pays a pour but le pillage de nos ressources naturelles, et que c'est totalement illégale parce que nous ne sommes pas d'accord. Voila pourquoi il a été condamné si lourdement. Le noeud du problème est là, la volonté de s'approprier nos ressources et notre refus catégorique. 
Nos pancartes saluent aussi le gouvernement d'Afrique du Sud qui a arrêté une cargaison de phosphate sahraoui représentant environ 6 millions de dollars, et va juger le 9 juin de sa propriété. Ce navire allait vers la Nouvelle Zélande pour une coopérative qui s'appelle Ballance Agri-Nutrients. Un autre navire d'une cargaison similaire a été arrêté à Panama, lui allait vers le Canada, pour la compagnie Agrium. Ces seuls deux navires valent probablement 12 millions de dollars. Par comparaison le Programme alimentaire Mondial donne l'équivalent de 7,9 millions de dollars pour les campements de réfugiés où survivent nos familles. 
Nous, le peuple sahraoui, nous ne sommes pas des mendiants pourtant et nous pourrions vivre en paix sans demander d'aide à personne si nous étions libre sur notre terre."
 

Jaaim est un ancien employé de Phosboucraa. Il a été envoyé vers le Maroc en 2006 en raison des ses activités syndicales.
 

Selon l'Observatoire international des ressources du Sahara Occidental, WSRW, le phosphate extrait de la mine sahraouie de Boucraa par l'OCP marocain représente 200 millions de dollars pour l'année 2016. L'Onu et, en décembre dernier, la cour de justice européenne, ont dit clairement que les phosphates et tout autre ressource du Sahara Occidental, renouvelable ou non, ne sont utilisables qu'à la condition de la consultation et l'accord du peuple sahraoui.

Équipe Média, El Aaiun, Sahara Occidental occupé
Le 7 juin 2017


jeudi 18 mai 2017

ACAT. Procès de Gdeim Izik : la défense se retire


ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) - Communiqué de presse

Maroc - Procès de Gdeim Izik : la défense se retire du procès, deux avocates françaises expulsées du tribunal

Deux avocates françaises de la défense dans le procès de Gdeim Izik, Maître Olfa Ouled et Maître Ingrid Metton, ont été violemment expulsées de la Cour d’appel de Rabat lundi 16 mai dans l’après-midi.

Selon Hélène Legeay, responsable Maghreb/Moyen-Orient à l’ACAT, « cet épisode choquant n’est que le climax d’un procès que les magistrats n’essaient même plus de faire passer pour équitable. Entre la comparution de faux témoins, la partialité manifeste de la Cour, les interrogatoires sur la base d’aveux signés sous la torture et la réalisation d’expertises médico-légales truquées pour écarter les allégations de torture des accusés, il ne se trouve plus personne d’un tant soit peu honnête pour louer la qualité de la justice dans ce procès »

Le 16 mai, lassés par de longs mois d’un procès marqué par une iniquité manifeste, les accusés et leurs avocats marocains et Sahraouis ont annoncé leur volonté de ne plus participer à ce qu’ils estiment être un simulacre de procès. Les avocates françaises représentant les accusés ont demandé d’adresser un mot à la cour, comme venaient de le faire leurs confrères, avant de donner leur décision sur leur retrait. Le président a refusé, ordonnant aux avocates de répondre uniquement par oui ou par non. Devant le refus des avocates françaises de répondre de cette manière, le président a annoncé qu’il faisait acter d’office leur retrait et a ordonné leur expulsion de la salle d’audience.

Les avocates françaises ont voulu contester cette décision inique ; les policiers ont saisi Me Olfa Ouled par le bras pour la trainer jusqu’à la porte et ont poussé violemment Me Ingrid Metton jusqu’à la sortie de la salle. Me Ouled souffre d’une élongation et d’un hématome au bras.

Les accusés ont été l’objet de nombreuses atteintes au droit à un procès équitable depuis la première audience du procès en appel, le 26 décembre 2016. Parmi les dernières en date, des témoins de l’accusation apparus mystérieusement sept ans après les faits et qui ont formellement identifié des accusés sur commande dans la salle d’audience après avoir été pourtant incapables de les décrire physiquement lors de leur interrogatoire précédent l’identification. Certains témoins ont assuré avoir vécu une vingtaine de jours dans le camp de Gdeim Izik mais ont été incapables de citer les noms des personnes avec qui ils ont vécu. L’un d’eux a même assuré avoir vu Naâma Asfari dans le camp le 8 novembre 2010, alors que ce dernier avait été arrêté la veille…

En outre, les avocats des accusés ont reçu les rapports d’expertises médico-légales réalisées sur 16 des 24 accusés qui allèguent avoir été torturés pendant leur garde à vue. Ces expertises, prétendument menées conformément aux standards internationaux définis par le Protocole d’Istanbul, ont été analysées par des experts internationaux qui ont relevé des erreurs essentielles flagrantes, entachant totalement la crédibilité et donc la validité desdits rapports.

Pour rappel, les 24 accusés ont été arrêtés, torturés et condamnés à de lourdes peines sur la base d’aveux signés sous la torture en raison de leur participation au camp de protestation sahraoui de Gdeim Izik en 2010. Les condamnations ont été prononcées le 16 février 2013 par le tribunal militaire à l’issue d’un procès inique marqué notamment par le refus d’entendre les témoins cités par la défense et d’ordonner une expertise médico-légale concernant les allégations de torture des accusés. Les noms des victimes que les accusés sont présumés avoir tuées n’ont même pas été mentionnés lors du procès. Le 27 juillet 2016, la cour de cassation a cassé le jugement et renvoyé les accusés devant la cour d’appel de Rabat.

Contact presse :
Pierre Motin, 01 40 40 40 24 / 06 12 12 63 94 pierre.motin@acatfrance.fr

vendredi 16 décembre 2016

ACAT : Le Maroc condamné par le Comité de l’ONU contre la torture dans l’affaire Naama Asfari


Le Maroc condamné par le Comité de l’ONU contre la torture dans l’affaire Naama Asfari
Le Maroc a été condamné [1] lundi 12 décembre par le Comité de l’ONU contre la torture dans le cadre de la plainte déposée par l’ACAT et le cabinet Ancile-avocats au nom du militant sahraoui Naama Asfari. Les auteurs de la plainte appellent le Maroc à respecter cette décision, qui constitue la première condamnation du Maroc par le Comité contre la torture concernant des violations commises au Sahara occidental.
Le Maroc est condamné pour de multiples violations de la Convention contre la torture : torture pendant l’arrestation, l’interrogatoire et la détention (art.1) de Naama Asfari, absence d’enquête sur les allégations de torture répétées (art.12), violation de l’obligation de garantir le droit de porter plainte à travers des représailles contre la victime et l’un de ses avocats (art.13), violation de l’obligation d’indemnisation et réparation (art.14), prise en compte d’aveux signés sous la torture (art.15) et mauvais traitements en détention (art.16).
Le Comité onusien demande au Maroc d’indemniser la victime, de mener une enquête indépendante et impartiale sur les allégations de torture et de mauvais traitements et de poursuivre les auteurs et de s’abstenir de tout acte de pression, d’intimidation ou de représailles susceptibles de nuire à l’intégrité physique et morale du plaignant et de sa famille.
Un nouveau procès le 26 décembre
« Au-delà du cas de Naama Asfari, 23 autres militants sahraouis ont été arrêtés, torturés et condamnés à l’issue d’un procès inéquitable dans la même affaire », rappelle Hélène Legeay, responsable Maghreb/Moyen-Orient à l’ACAT. « La décision du Comité contre la torture devrait bénéficier à tous et être mise en œuvre sans tarder par les juges de la Cour d’appel de Rabat qui vont être amenés à rejuger les accusés le 26 décembre prochain. »
Les tortures, mauvais traitements, détention arbitraire et procès inéquitables subis par Naama Asfari et ses coaccusés ne sont pas seulement des violations des droits de l’homme, mais constituent aussi des violations du droit international humanitaire. En effet, le Sahara occidental est un territoire occupé, annexé illégalement par le Maroc depuis 1975. La communauté internationale ne reconnait au Maroc aucun droit sur le Sahara occidental. A ce titre, comme en Palestine, le peuple autochtone du Sahara occidental devrait bénéficier des règles protectrices du droit international humanitaire qui sont un rempart contre l’arbitraire de la puissance occupante.
« Espérons que la justice marocaine prenne en compte l’impératif du droit international : tant les décisions du Comité contre la torture que les résolutions de l’Assemblée Générale des Nations Unies », déclare Me Joseph Breham. « Ce faisant, le royaume du Maroc montrerait que le respect de ses engagements internationaux n’est pas un vain mot. »
Naama Asfari et ses coaccusés, détenus depuis 2010 et condamnés sur la base d’aveux signés sous la torture
Cela fait trois ans que Naama Asfari et ses coaccusés ont été condamnés pour leur participation présumée au camp de protestation sahraoui de Gdeim Izik en novembre 2010.
Au cours de l’évacuation forcée du camp, des affrontements ont éclaté entre l’armée et des manifestants sahraouis, au cours desquels neuf soldats marocains auraient trouvé la mort. Naama Asfari a été condamné à 30 ans d’emprisonnement pour meurtre alors même qu’il a été arrêté la veille du démantèlement. Torturé, battu, humilié pendant sa garde à vue en 2010, il avait signé des aveux sous la contrainte. Avec lui, 23 autres militants sahraouis ont subi un sort similaire. Neuf des accusés ont été condamnés à la perpétuité, quatre à 30 ans d’emprisonnement, sept autres à 25 ans, trois à 20 ans et les deux derniers, condamnés à deux ans d’emprisonnement, ont été libérés car ils avaient déjà effectué leur peine en détention préventive.
Ce verdict a été prononcé à l’issue de neuf jours de procès inéquitable marqué notamment par la prise en compte d’aveux arrachés sous la torture. Plusieurs observateurs internationaux présents aux audiences ont dénoncé de nombreuses irrégularités parmi lesquelles le fait que les accusés ont été poursuivis devant le tribunal militaire malgré leur qualité de civil. De plus, il n’y a eu aucune autopsie des neuf victimes des forces de sécurité et leur nom n’a même pas été mentionné. Les juges se sont refusés à tenir compte des allégations de torture formulées par les accusés et de satisfaire à leur demande d’expertise médicale, en violation du droit marocain et du droit international. Aucune preuve n’a été présentée prouvant l’implication des accusés dans le meurtre des agents de sécurité.
Contact presse :
        Pierre Motin, 01 40 40 40 24 / 06 12 12 63 94 pierre.motin@acatfrance.fr  
        Me Joseph Breham, 01 44 54 38 90 jb@jb-juris.fr

Note aux rédactions :  La condamnation peut être consultée en suivant ce lien : https://www.acatfrance.fr/public/20161212_cat_decision-asfari.pdf  

vendredi 2 décembre 2016

EM : Visite américaine en territoire occupé, manifestations et conséquence



Du vendredi 18 au mardi 22 novembre 2016, une délégation de l’organisation américaine Democracy Now a visité El Aaiun, au Sahara Occidental occupée.
C’est  la première fois depuis le 4 mai 2013 que les autorités marocaines autorisent l’entrée d’une organisation pourvue d’une télévision sur le sol du Sahara Occidental, pays que le royaume occupe militairement depuis 1975 sur une grande partie.
A leur arrivée, les journalistes de l’organisation américaine ont rencontré les journalistes d’EM, les militantes du Fafesa.  Ils ont rapidement été informés par des responsables de l’administration de l’occupation marocaine qu’il leur faudrait une autorisation des autorités pour circuler, et une protection policière, mais aussi qu’ils devraient avant tout rencontrer la préfecture de la ville, le Wali, le maire, et la section locale du CNDH.

Samedi 19 novembre, alors que les journalistes déjeunaient dans un restaurant à quelques kilomètres au sud-est de El Aaiun, une manifestation hostile à leur organisation et aux États-Unis d’Amérique du Nord s’est déroulée sous leurs yeux, dument filmée par des officiers des renseignements généraux. Une vingtaine de personnes, soit 4 Sahraouis travaillant pour le Maroc et des colons marocains, habillés pour l’occasion d’habits traditionnels sahraouis, ont répété des slogans contre l’Amérique du Nord en montrant leurs banderoles, avant de repartir dans les bus et voiture de la municipalité. Selon les témoignages et les photos reçus par l’Equipe Média, des officiers des RG sont clairement reconnaissables parmi les manifestants.

Retardés par cette manifestation de travestis, dont les membres les ont empêchés de partir à l’heure prévue, les journalistes  sont arrivés après la manifestation sahraouie prévue à 17h00 sur l’avenue Essmara, au centre de El Aaiun. Ils ont pu néanmoins en rencontrer les blessés.
Avant leur arrivée, les forces d’occupation avaient comme à leur habitude encerclé le lieu annoncé de la manifestation, bloqué les axes d’accès puis attaqué les Sahraouis qui avaient réussi à passer et voulaient participer à la manifestation. La plupart sont des femmes, dont de nombreuses ont été blessées.

Dimanche 20 novembre 2016 à 19 h, plusieurs manifestations ont été organisées à El Aaiun dans les quartiers El Aouda, Douirat, Avenue El Hizam, Quartier Lahchicha. Les Sahraouis ont agité les drapeaux de la République Sahraouie et chanté des slogans demandant au Maroc de quitter les territoires occupés.

A minuit de même jour, plus des 60 Sahraouis ont organisé une manifestation pacifique  dans le quartier des « appartements rouges » à quelque 250 mètres de l’Hotel Salouan, où étaient descendus les journalistes. Les policiers marocains ont attaqué les manifestants et saccagé des maisons de Sahraouis, ce dont les journalistes qui étaient montés sur le toit de l’hôtel ont été témoins.
3 Sahraouis ont été arrêtées lors de cette manifestation : Mustapha Labras alors qu’il filmait, Mahmoud El Baihi et Mohamed Saiguri. Ils sont restés en garde à vue 72 heures avant d’être remis en liberté conditionnelle avec interdiction  de voyager à l’étranger et à condition de se présenter chaque semaine devant la police. Mustapha Labras et Mahmoud El Baihi ont témoigné avoir été frappés sur tout le corps par des agents de police dans le commissariat central pendant les interrogations qui se sont répétés chaque soir.
48 h après leur remise en liberté, Mustapha Labras et Mahmoud El Baihi ont été arrêtés, et ont été conduits à la prison noire, incarcérés sans jugement jusqu’à leur comparution dont la date n’a pas encore été fixée par le juge d’instruction. Les chefs d’accusation sont ceux habituellement attribués aux Sahraouis : entrave à la circulation, attaque d’un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, participation à un rassemblement armé.

Les membres de Démocracy Now sont repartis vers les Iles Canarie le mardi 22 novembre à 13h. Les manifestations se sont poursuivies.

Après une manifestation organisée dans le quartier de l’aéroport, samedi 26 novembre  une patrouille de police a arrêté Brahim Mayara lycéen âgé de 15 ans. Il est passé 48 heures en garde à vue, interrogé sans ménagement par les agents de police et de la DGST. Il en a gardé des fortes traces et blessures sur le visage. Il a été relâché lundi matin en attendant un procès pour lequel aucune date n’a été donnée. Brahim est le fils du militant et défenseur des droits de l’homme  et l’ex détenu politique Mohamed Salem Mayara, et le petit-fils de Haiba Mayara, mort sous la torture dans la prison secrète de Agdez au sud du Maroc.

Dimanche 27 novembre 2016, à 20h00, les forces d’occupation ont arrêté les collégiens sahraouis  Abdesalam Lmrikli, 15 ans, Jamal Salami, 16 ans, et marocain Rachid Lghoati, 16 ans, lors de leur intervention pour disperser une manifestation demandant le respect du droit à l’autodétermination sahraouie, rue Chrif Erradi. Selon leurs proches, les 3 mineurs ont été interrogés et frappés toute la nuit. Mardi 29 novembre, le juge d’instruction a donné l’ordre de les conduire tous les trois à la prison noire où ils vont rester enfermés jusqu’à la date du procès fixée au 20 décembre. Selon les familles, aucune mesure n’a encore été prise pour la poursuite de leur scolarité jusqu’à cette date.

Le même jour dans le quartier Douirat les forces d’occupation ont arrêté Bouamoud Mohamed, 20 ans, et Said Ayoub, 18 ans, lors d’une autre manifestation. Les policiers d’une patrouille ont interrogé et frappé Bouamoud pendant 4 heures à  la préfecture de la police puis l’ont relâché. Said Ayoub a été envoyé à la prison noire après 72 heures en garde à vue pendant lesquelles il a été frappé et harcelé psychologiquement.

A Essmara occupée, le 25 novembre 2016, à l’occasion de la journée mondiale contre la violence faite aux femmes, le Fafesa (forum avenir pour la femme sahraouie) présidé par Soukeina Jed Ahlu a appelé à une manifestation dans le quartier Essoukna. Les forces d’occupations sont intervenues violemment contre les manifestants blessant 20 personnes, dont 15 femmes.
Les agents de police ont ensuite attaqué et arrêté le journaliste sahraoui Walid El Batal du groupe « Essmara News ». Les chefs d’accusation sont « entraves à la circulation, attaque un fonctionnaire en exercice de ses fonctions ». Le procureur du roi du Maroc a fixé le jugement au 1er décembre. Walid El Batel est le fils de l’activiste sahraoui Salek El Batal, membre du comité sahraoui de défense des droits de l’homme a Essmara occupée. Ce dernier avait été arrêté le 15 novembre  à Essmara, présenté au procureur le 16 novembre. Le jugement est attendu le 5 décembre à Essmara, et les chefs d’accusations sont d’avoir participé aux manifestations de Essmara du 6 novembre 2009 et d’inciter les Sahraouis à participer à des manifestations contre l’occupation marocaine.
La vague des manifestations et interpellations à El Aaiun continue après le départ de Democracy Now, et nous avons appris hier jeudi 1er décembre 2016 l’arrestation par la police marocaines de Ali Saadouni , Nourdine El Aargoubi , Khalihna Faka Allah et Mrabih Rabou Saidi. Tous les 4 sont membres de la coordination des Sahraouis qui rejettent la nationalité marocaine. Ils ont été arrêtés dans le café Marwa au centre-ville de El Aaiun alors qu’ils prenaient un café entre amis.
Ils ont été interpelés puis placé en garde à vue. Ils comparaitront devant le procureur du roi du Maroc demain samedi 3 décembre après-midi, selon les chefs d’accusation « attaque d’un policier ».
Les quatre sont auteurs de vidéos dans lesquelles à visage découvert, ils argumentent leur demande aux Sahraouis de boycotter les élections marocaines ou dénoncent les cérémonies d’anniversaire de l’invasion militaire marocaine du Sahara Occidental.

Équipe Média. El Aaiun, Sahara Occidental occupé
Le 2 décembre 2016