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mardi 1 mars 2022

EM. Malgré les murs Sultana Khaya dénonce les projets éoliens de l’occupation


Interrogée par Équipe Média sur les suites de la tentative des militaires marocains de construire un mur pour bloquer la porte de sa maison, Sultana Khaya, militante sahraouie pour l’indépendance du Sahara Occidental à fait une réponse qui atteste de sa détermination et de son grand courage.

« L’interdiction que je vis depuis plus d’un an de sortir de ma maison est anecdotique. C’est la preuve de l’impuissance du Maroc face au droit à la justice que je défends.

Ce qui est important et que j’affirme très clairement c’est que des mesures doivent être prises pour que cesse le pillage des ressources naturelles renouvelables ou non de mon pays, le Sahara Occidental. Les profits servent économiquement et politiquement l’occupation et ses mesures répressives.

À 7 kilomètres de la ville de Bougdour où j’habite, l’occupant marocain construit un parc de 300 MW de production d’énergie avec des éoliennes. Les interlocuteurs sont le gouvernement marocain et non celui du Sahara Occidental. Les constructeurs sont le groupe marocain Nareva Holding, l’entreprise allemande Siemens et l'italien Enel Green Power. La compagnie maritime qui transporte les éléments d’éolienne est la compagnie allemande Briese Schiffahrts.

Ce parc éolien s’installe sans la consultation ni le constamment de notre peuple. Et nous ne sommes pas d’accord.

Les entreprises étrangères sont ici, comme ailleurs au Sahara Occidental, engagées dans un projet qui, en trahissant les vertus écologiques de la production d’énergie à source renouvelable, ne font que compliquer notre accès à l’inéluctable indépendance de notre pays.

Les Européens, plus particulièrement les Français, les Allemands et les Espagnols, doivent respecter les décisions de la justice européenne et internationale, et partir de chez nous.

Le pillage du Sahara Occidental par le Maroc et ses complices doit cesser pour que puisse advenir l’indépendance de notre pays, et se construise notre avenir libre. »

C’est le 21 février 2022 que les forces d'occupation marocaines ont tenté de bloquer la porte d'entrée de la famille Khaya avec du ciment et des parpaings afin de les empêcher de sortir et de protester contre la colonisation.

Le 13 février, informées de la venu de l’organisation marocaine des droits de l’homme la CNDH, les forces militaires avait levé l’encerclement de la maison de Sultana Khaya. Celle-ci vêtue d’une melafa aux couleurs de la République Sahraouie était alors immédiatement sortie avec le drapeau de sa République pour protester contre l’occupation et appeler la population à la rejoindre.

Néanmoins, les forces policières et paramilitaires n’étaient pas loin et les premiers arrivés se sont fait attaqués devant la maison. Cheikh El Hella Khaya, Rabab Khaya, Zainabou Babi, Waana Khaya, Ahmed Bahi, Fatma El Hafidi ont été blessés.

Le 14 février, la délégation du CNDH s’est heurtée au refus de Sultana Khaya de les rencontrer, la militante expliquant qu’elle ne reconnaissait pas la légitimité des instances d’une puissance occupante. Elle avait plutôt scandé depuis la fenêtre de sa maison des slogans pour l'indépendance et la liberté du peuple sahraoui.

Pour rappel, depuis le 19 novembre 2020, Sultana Khaya, sa mère Matou Khaya et sa sœur El Waara sont assignées à résidence, arbitrairement confinées chez elle sans électricité ni eau courante. Seule Matou Khaya, 85 ans, a le droit de sortir pour aller faire les courses sous la surveillance constante des policiers. Les téléphones sont chargés chez les voisins, qui conservent aussi au frais les denrées alimentaires des trois femmes.

Les seules personnes autorisées à les visiter sont leur famille, soit la sœur Salha et frère El Mahfoud.

La maison a été régulièrement envahie par les militaires marocains qui ont alterné les actes de violences sur les femmes et le mobilier (destruction du mobilier, projection de skunk – eau de moufette - sur les murs)

À la résistance des femmes ont répondu harcèlement sexuel (10 mai 2021) et viol d’El Warra (12 mai 2021) et de Sultana (les 5 et 15 novembre 2021). Les 5 et 8 novembre 2021, alors qu’elle se débattait contre la violence des hommes, les forces militaires ont injecté à Sultana une substance qui l’a fait immédiatement perdre conscience.

Équipe Média, le 27 février 2022 - El Aaiun, Sahara Occidental occupé

mardi 22 janvier 2019

EM. Pas d’innovation au Sahara Occidental occupé, interdictions et répressions

Parmi les déplorables poncifs d'une colonisation militaire, soit les multiples contraintes, interdictions, entraves, privations, discriminations, répressions sur la population autochtone, le Maroc ne fait preuve d'aucune originalité dans la partie du Sahara Occidental qu'il occupe illégalement par la force armée.

S'il est besoin de redire que les citoyens Sahraouis n'y sont pas libres de circuler, ou de parler, alors les faits récents sont à relater.

Un groupe de 13 civils sahraouis avisés a effectué une visite dans les campements de réfugiés sahraouis en terre algérienne, et dans le territoire libéré du Sahara Occidental géré par la République Sahraouie en exil. Leurs activités du 30 décembre au 13 janvier 2019 étaient privées et citoyennes, rencontres familiales, échanges et réflexions politiques.

De retour au Sahara Occidental, de la volonté de partager, ils ont fait le projet d'aller ensemble à Smara, Bougdour et Tantan pour rencontrer des groupes de Sahraouis intéressés. Insultés à la descente de l'avion, - et même frappé pour le coordinateur d'EM -, le groupe a ensuite rencontré des barrages policiers et militaires sur chacune de leurs routes.

À chaque fois les forces d'occupation, cocktail de militaires, policiers et agents du renseignement, les ont obligé à faire demi tour, parfois à quelques kilomètres de leur destination.
Aux commandes pour empêcher les 13 civils pacifiques d'aller à Smara, le préfet Hassan Abou Dahab et le Pacha, escortés de 30 véhicules de police, force auxiliaires et les forces paramilitaire.
Sur la route de Bougdour, 150km au sud de El Aaiun, au poste de contrôle «  Agtti El Ghazi » : 5 camions de gendarmerie et deux des forces auxiliaires. Les habitants de Bougdour qui ont voulu faire le trajet inverse pour rencontrer leurs amis n’ont pas pu passer non plus.
Au poste contrôle direction Tantan, 30 véhicules de police, force auxiliaires et les forces paramilitaires.

Certains que la Minurso, instance onusienne sur place chargée de défendre au moins le droit de vote référendaire des Sahraouis, devait être informée avant que la rumeur ne déforme les faits, le groupe a décidé de rencontrer son chef Colin Stewart, et  a butté à nouveau sur un important groupe policier et paramilitaire. Personne n’a pu passer la porte.
Un policier marocain a commenté que la nation sahraouie n'arriverait jamais à rien avec une femme comme cheffe, en voyant la militante Aminatou Haidar mener la délégation. Il n'a pas voulu donner son nom aux journalistes de la délégation.

Les Sahraouis ne peuvent pas non plus librement protester en manifestant collectivement contre les multiples irrespects de leurs droits fondamentaux, quelques soient les formes administratives qu'ils aient respectées.

Ces mêmes jours du 15 au 18 janvier 2019, des Sahraouis ont tenté de protester à Smara contre la décision des députés européens d'adopter un accord commercial avec le Maroc qui inclut le Sahara Occidental, d’autres à Dakhla contre les discriminations constantes à leur égard et le pillage des ressources de leur terre occupée. Tentations réprimées…

Hélas, rien ne change au Sahara Occidental occupé.


Équipe Média, El Aaiun, le 21 janvier 2019
Sahara Occidental occupé

vendredi 2 décembre 2016

EM : Visite américaine en territoire occupé, manifestations et conséquence



Du vendredi 18 au mardi 22 novembre 2016, une délégation de l’organisation américaine Democracy Now a visité El Aaiun, au Sahara Occidental occupée.
C’est  la première fois depuis le 4 mai 2013 que les autorités marocaines autorisent l’entrée d’une organisation pourvue d’une télévision sur le sol du Sahara Occidental, pays que le royaume occupe militairement depuis 1975 sur une grande partie.
A leur arrivée, les journalistes de l’organisation américaine ont rencontré les journalistes d’EM, les militantes du Fafesa.  Ils ont rapidement été informés par des responsables de l’administration de l’occupation marocaine qu’il leur faudrait une autorisation des autorités pour circuler, et une protection policière, mais aussi qu’ils devraient avant tout rencontrer la préfecture de la ville, le Wali, le maire, et la section locale du CNDH.

Samedi 19 novembre, alors que les journalistes déjeunaient dans un restaurant à quelques kilomètres au sud-est de El Aaiun, une manifestation hostile à leur organisation et aux États-Unis d’Amérique du Nord s’est déroulée sous leurs yeux, dument filmée par des officiers des renseignements généraux. Une vingtaine de personnes, soit 4 Sahraouis travaillant pour le Maroc et des colons marocains, habillés pour l’occasion d’habits traditionnels sahraouis, ont répété des slogans contre l’Amérique du Nord en montrant leurs banderoles, avant de repartir dans les bus et voiture de la municipalité. Selon les témoignages et les photos reçus par l’Equipe Média, des officiers des RG sont clairement reconnaissables parmi les manifestants.

Retardés par cette manifestation de travestis, dont les membres les ont empêchés de partir à l’heure prévue, les journalistes  sont arrivés après la manifestation sahraouie prévue à 17h00 sur l’avenue Essmara, au centre de El Aaiun. Ils ont pu néanmoins en rencontrer les blessés.
Avant leur arrivée, les forces d’occupation avaient comme à leur habitude encerclé le lieu annoncé de la manifestation, bloqué les axes d’accès puis attaqué les Sahraouis qui avaient réussi à passer et voulaient participer à la manifestation. La plupart sont des femmes, dont de nombreuses ont été blessées.

Dimanche 20 novembre 2016 à 19 h, plusieurs manifestations ont été organisées à El Aaiun dans les quartiers El Aouda, Douirat, Avenue El Hizam, Quartier Lahchicha. Les Sahraouis ont agité les drapeaux de la République Sahraouie et chanté des slogans demandant au Maroc de quitter les territoires occupés.

A minuit de même jour, plus des 60 Sahraouis ont organisé une manifestation pacifique  dans le quartier des « appartements rouges » à quelque 250 mètres de l’Hotel Salouan, où étaient descendus les journalistes. Les policiers marocains ont attaqué les manifestants et saccagé des maisons de Sahraouis, ce dont les journalistes qui étaient montés sur le toit de l’hôtel ont été témoins.
3 Sahraouis ont été arrêtées lors de cette manifestation : Mustapha Labras alors qu’il filmait, Mahmoud El Baihi et Mohamed Saiguri. Ils sont restés en garde à vue 72 heures avant d’être remis en liberté conditionnelle avec interdiction  de voyager à l’étranger et à condition de se présenter chaque semaine devant la police. Mustapha Labras et Mahmoud El Baihi ont témoigné avoir été frappés sur tout le corps par des agents de police dans le commissariat central pendant les interrogations qui se sont répétés chaque soir.
48 h après leur remise en liberté, Mustapha Labras et Mahmoud El Baihi ont été arrêtés, et ont été conduits à la prison noire, incarcérés sans jugement jusqu’à leur comparution dont la date n’a pas encore été fixée par le juge d’instruction. Les chefs d’accusation sont ceux habituellement attribués aux Sahraouis : entrave à la circulation, attaque d’un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, participation à un rassemblement armé.

Les membres de Démocracy Now sont repartis vers les Iles Canarie le mardi 22 novembre à 13h. Les manifestations se sont poursuivies.

Après une manifestation organisée dans le quartier de l’aéroport, samedi 26 novembre  une patrouille de police a arrêté Brahim Mayara lycéen âgé de 15 ans. Il est passé 48 heures en garde à vue, interrogé sans ménagement par les agents de police et de la DGST. Il en a gardé des fortes traces et blessures sur le visage. Il a été relâché lundi matin en attendant un procès pour lequel aucune date n’a été donnée. Brahim est le fils du militant et défenseur des droits de l’homme  et l’ex détenu politique Mohamed Salem Mayara, et le petit-fils de Haiba Mayara, mort sous la torture dans la prison secrète de Agdez au sud du Maroc.

Dimanche 27 novembre 2016, à 20h00, les forces d’occupation ont arrêté les collégiens sahraouis  Abdesalam Lmrikli, 15 ans, Jamal Salami, 16 ans, et marocain Rachid Lghoati, 16 ans, lors de leur intervention pour disperser une manifestation demandant le respect du droit à l’autodétermination sahraouie, rue Chrif Erradi. Selon leurs proches, les 3 mineurs ont été interrogés et frappés toute la nuit. Mardi 29 novembre, le juge d’instruction a donné l’ordre de les conduire tous les trois à la prison noire où ils vont rester enfermés jusqu’à la date du procès fixée au 20 décembre. Selon les familles, aucune mesure n’a encore été prise pour la poursuite de leur scolarité jusqu’à cette date.

Le même jour dans le quartier Douirat les forces d’occupation ont arrêté Bouamoud Mohamed, 20 ans, et Said Ayoub, 18 ans, lors d’une autre manifestation. Les policiers d’une patrouille ont interrogé et frappé Bouamoud pendant 4 heures à  la préfecture de la police puis l’ont relâché. Said Ayoub a été envoyé à la prison noire après 72 heures en garde à vue pendant lesquelles il a été frappé et harcelé psychologiquement.

A Essmara occupée, le 25 novembre 2016, à l’occasion de la journée mondiale contre la violence faite aux femmes, le Fafesa (forum avenir pour la femme sahraouie) présidé par Soukeina Jed Ahlu a appelé à une manifestation dans le quartier Essoukna. Les forces d’occupations sont intervenues violemment contre les manifestants blessant 20 personnes, dont 15 femmes.
Les agents de police ont ensuite attaqué et arrêté le journaliste sahraoui Walid El Batal du groupe « Essmara News ». Les chefs d’accusation sont « entraves à la circulation, attaque un fonctionnaire en exercice de ses fonctions ». Le procureur du roi du Maroc a fixé le jugement au 1er décembre. Walid El Batel est le fils de l’activiste sahraoui Salek El Batal, membre du comité sahraoui de défense des droits de l’homme a Essmara occupée. Ce dernier avait été arrêté le 15 novembre  à Essmara, présenté au procureur le 16 novembre. Le jugement est attendu le 5 décembre à Essmara, et les chefs d’accusations sont d’avoir participé aux manifestations de Essmara du 6 novembre 2009 et d’inciter les Sahraouis à participer à des manifestations contre l’occupation marocaine.
La vague des manifestations et interpellations à El Aaiun continue après le départ de Democracy Now, et nous avons appris hier jeudi 1er décembre 2016 l’arrestation par la police marocaines de Ali Saadouni , Nourdine El Aargoubi , Khalihna Faka Allah et Mrabih Rabou Saidi. Tous les 4 sont membres de la coordination des Sahraouis qui rejettent la nationalité marocaine. Ils ont été arrêtés dans le café Marwa au centre-ville de El Aaiun alors qu’ils prenaient un café entre amis.
Ils ont été interpelés puis placé en garde à vue. Ils comparaitront devant le procureur du roi du Maroc demain samedi 3 décembre après-midi, selon les chefs d’accusation « attaque d’un policier ».
Les quatre sont auteurs de vidéos dans lesquelles à visage découvert, ils argumentent leur demande aux Sahraouis de boycotter les élections marocaines ou dénoncent les cérémonies d’anniversaire de l’invasion militaire marocaine du Sahara Occidental.

Équipe Média. El Aaiun, Sahara Occidental occupé
Le 2 décembre 2016

samedi 1 octobre 2016

EM. Réactions à l’arrestation de deux journalistes d’EM



Cela fait 37h que les journalistes sahraouis de l’Équipe Média Said Amidan et Brahim Laajail sont retenus en garde à vue à la préfecture de Police de Guelmim au sud du Maroc. Nous n’avons pas de nouvelle de ce qui se passe pour eux actuellement.

Le frère de Brahim Laajail qui s’est déplacé spécialement depuis El Aaiun occupée, a reçu oralement d’un officier du Police judiciaire la confirmation de la présence de son frère dans les locaux de la préfecture, et l’information qu’il existe un mandat d’arrêt émis par la police d’Agadir contre Brahim pour ses activités de responsable du groupe des étudiants sahraouis à l’université d’Ibnou Zouher d’Agadir.
A l’heure de la publication de ce texte, nous n’avons pas connaissance de mandat d’arrêt contre Said Amidan.

Les réactions à l’arrestation des journalistes ont été nombreuses au niveau local et international, de la part de collègues journalistes, du centre Robert F. Kennedy Human Rights, de l’organisation Witness, ou d’avocats européens proposant leurs services.

A Guelmim, vers 20h ce soir, plus de 60 chômeurs sahraouis ont manifesté devant la préfecture de Police pour dénoncer l’arrestation arbitraire de Said Amidan et Brahim Laajail et demander leur libération immédiate. Pendant une heure ils ont crié et chanté, y compris en faveur de la liberté de l’Équipe Média et s’exprimer et de couvrir les actualités du Sahara Occidental.


Erratum. Contrairement à ce qui a été dit dans le précédent flash, Said Amidan et Brahim Laajaij, qui attendaient le Bus à l’arrêt Supratours de El Aaiun, sont partis pour Agadir en voiture avec une connaissance qui le leur a proposé en passant.

Équipe Média, El Aaiun, Sahara Occidental occupé
Le 1er octobre 2016

vendredi 30 septembre 2016

EM. Flash : arrestation de deux journalistes EM à Guelmim



Vendredi 30 septembre 2016, à 14h, cela fait 3h que nous sommes sans nouvelles de nos collègues journalistes Said Amidan et Brahim Laajail.
Les  deux journalistes de l’Equipe Média, étudiants à Agadir, voyageaient à bord d’un bus de Supratours (filiale de la compagnie nationale marocaine ONCF ) sur la ligne El Aaiun-Agadir.
Ils partaient pour l’université dont c’est la rentrée scolaire. Said est en 2ème année en droit privé et  Laajail, titulaire d’une licence en sociologie est en  2ème année en droit public.

Il y a 3h, Said a envoyé un sms à Ahmed Ettanji, président de l’Equipe Média, pour l’informer que la police marocain les avaient arrêtés dans le bus , au barrage sud de Guelmim (sud du Maroc) et les conduisait vers la préfecture de police de la ville. Contacté en retour son téléphone a sonné sans réponse.
Les deux activistes sont des techniciens de l’Equipe. Said filme les manifestations et réalise des documentaires, Brahim est monteur des vidéos et réalisateurs du journal vidéo de l’Equipe Média.

Le chef de la DGST (Direction Générale de la surveillance du territoire national) de Guelmim a été officier à El Aaiun, il s'appelle Mouloud Boukricha. Il est probable que c’est lui qui mène les interrogatoires.
La durée légale de la garde à vue des autorités marocaines pour enquête est de 72h, pendant lesquelles les prévenus ne peuvent pas communiquer avec leurs familles, ni être assistés d’un avocat.

Contactée par téléphone, la préfecture de police de Guelmim a nié la présence des deux journalistes dans ses locaux.
Nous ne manquerons pas de publier toutes nouvelles informations.

EM, El Aaiun, Sahara occidental occupé
Le 30 septembre 2016

mardi 7 juin 2016

EM. Une compagnie polonaise hors-la-loi au Sahara Occidental


Depuis le 15 février 2016, la compagnie Polonaise Geofizyka-Kraków est au Sahara Occidental occupé. L’entreprise annonce sur son site web qu’elle mène ses activités au Maroc en contrat avec l’ONHYM, Office national des hydrocarbures et des mines de l’État marocain.

En recoupant nos sources, la zone concernée par les activités de l’entreprise polonaise d’enquête sismique est une vaste zone dont la diagonale serait l’axe Boucraa - Bougdour. Cette zone, entre les villes de Semara. El Aaiun, Boujdour. et Gueltat Zemmour, est au Sahara Occidental, et non au Maroc.

Les activités sur les ressources naturelles dans le Sahara Occidental, dit territoire non autonome par l’ONU, sont conditionnées en droit international à la volonté du peuple sahraoui, - donc sa consultation et son accord -, et à son bénéfice. Il n’en est rien dans le cas présent, et cela rend illégale la présence de l’entreprise polonaise.

Selon nos recherches, les activités correspondent à l’appel d'offres ouvert sur offres de prix n°26/2015 du 30/07/2015, « prestations d'acquisition et de traitement des données sismiques 2D (zone de Lemsid) », proposé par l’ONHYM pour le gouvernement marocain, qui occupe militairement la partie ouest de notre pays. Voir le document de l’appel d’offre ici. http://ao.onhym.com/Documents/AO%2026-2015%20-%20CPS%20SIGNE.pdf

La recherche sismique est prévue en 7 lignes quadrillant la zone, soit un total selon l’appel d’offre de 950km d’étude sismique, que l’entreprise à 330 jours pour réaliser.
La première des lignes à être étudiée va de Kdayyat Essba’a vers Lmsyed près de la cote atlantique, au nord de Boujdour, soit environ 200km. La 2ème va de Lemsyed vers Lgelta.

Les opérations de préparation du terrain et de repérage ont donc commencé le 15 février, après une semaine de rapide vérification par l’armée marocaine des risques liés aux mines terrestres et autres restes de guerre. Après la période des tests, l’étude sismique a officiellement commencé le 17 mai.

Sur place sont présentes près de cent personnes, des employés polonais, et marocains de l’entreprise, des Sahraouis et Marocains en contrat de sous-traitance pour des tâches subalternes, et l’armée marocaine. Il semble que l’Onhym soit l’intermédiaire entre ces différentes entités.

Au niveau matériel mobile, il y a 7 grands camions blancs d’études sismiques (camion vibrateur sismique) sans immatriculation, 2  camions orange, l'un de maintenance des camions blancs et l’autre dit « le labo » de réception des données vibrationnelles, et 52 véhicules 4x4.

A Boucraa, la société polonaise a installé, avec l'aide de l'armée marocaine, un quartier de 10 bungalows préfabriqués destiné à loger dans un premier temps les chauffeurs et les employés nettoyeurs, Sahraouis et Marocains. Chaque préfabriqué doit servir pour 10 personnes. Une cuisine, avec une salle de restauration, gérée par une équipe de cuisiniers et aides assure l’intendance de toute l’équipe.
C’est dans ce quartier que sont garés les véhicules de transport et d’étude de l’entreprise, et qu'est stocké le matériel.
Le quartier est entouré d’un mur de sable puis d’un grillage.

Les employés polonais et marocains, dans un premier temps logés dans des maisons luxueuses appartenant à l’OCP (office chérifien des phosphates) dans la ville de Boucraa ont rejoint le reste du groupe dans le quartier préfabriqué le 22 mai 2016, ainsi que le bataillon de FAR chargé de leur sécurité.

L’organisation de l’étude sismique
Le groupe chargé du nettoyage du terrain doit enlever à la main toutes les pierres présentes sur le tracé de l’étude sismique sur une largeur de 6 mètres, ensuite marquer le terrain à l’aide de sac de sable, et fixer au sol les géophones reliés avec des câbles, soit pas loin de 300 géophones par jour. Ce sont les topographes qui identifient les endroits précis ou sont posés les sacs et installés les géophones.

Cette équipe devait initialement sous le contrôle de chefs marocains nettoyer et marquer 3 à 4 kilomètres par jour. Une récente demande de l’entreprise polonaise que cette charge passe à 9 km par jour dans les mêmes conditions (nombre de personnes, salaires…)  a déclenché des réactions et des mouvements de grève, quand les conditions de travail n’étaient déjà pas satisfaisantes. Cela fera l’objet d’une information plus précise ultérieurement.

Depuis le 17 mai, viennent ensuite 3 des 7 camions blancs, qui se déplacent doucement vers les places identifiées, démarrent en même temps tous ensemble et avancent à une allure de 5 km/h pour entreprendre les relevés sismiques qui seront étudiés ensuite.

L’équipe de travail au 30 mai 2016*
51 Sahraouis sont embauchés sans contrat par Logisteam pour 3 mois, chauffeurs des différents personnels, selon une prestation 4X4 avec chauffeur, payé 13000 dh soit 10000 dh pour le véhicule et 3000dh pour le chauffeur. Ils travaillent 12h par jour sans repos hebdomadaire. La maintenance des véhicules et le gasoil sont à la charge de la société polonaise.
Un chauffeur marocain dans le même groupe est venu de Casablanca avec un véhicule 4x4 de location immatriculé dans cette même ville. Ses conditions de travail et employeur ne sont pas connus de nos sources.

6 chauffeurs marocains conduisent les camions blancs et orange. Ils ont signé des contrats avec Logisteam et ne bénéficient pas des repos hebdomadaire.

50 hommes, soit 20 Sahraouis et 30 Marocains, embauchés pour nettoyer et baliser le terrain sont sous contrats avec Afrique Partenariat pour 3 mois, pour 12h de travail quotidien, sans repos hebdomadaire, payés 3000 dh (235 euros) par mois. Ils sont logés sur la base et nourris.

6 topographes marocains, employeur et contrat inconnu de nous à ce jour, travaillent 12h chaque jour sans repos hebdomadaire. Ils sont logés et nourris au camp.

20 Polonais, soit un directeur de projet, 2 chargés finances et caisse, et 17 ingénieurs sont logés nourris sur la base et n’ont pas de repos hebdomadaire.

16 cuisiniers marocains travaillent 12h par jour sans repos hebdomadaire et logent à la base préfabriquée. Employeur et salaires inconnus de nos sources.

2 aides-cuisine sahraouis, en contrat avec Afrique partenariat, travaillent à la base préfabriquée 12 heures par jour, sans repos hebdomadaire, pour un salaire mensuel de 3000 dh/mois, logement au camp.

Pour l’entreprise Logisteam, les recrutements ont été assurés sur place par le codirigeant de l’entreprise, Yahdih Sidi Youssef, un entrepreneur  sahraoui expérimenté dans le secteur étude sismique depuis qu’il a travaillé avec des compagnies de prospection pétrolière sur la zone Zag au sud du Maroc. Le siège de l’entreprise Logisteam est à Casablanca.

L’armée d’occupation
L’armée marocaine sur place compte deux bataillons de 10 personnes.
L’un sous le commandement d’un adjudant est chargé des Polonais. Les soldats chacun avec son fusil M-16 se déplacent avec les Polonais seul ou en groupe pour assurer leur sécurité. Ils logent et sont nourris dans le quartier de préfabriqués de l’entreprise.
L’autre groupe des FAR, indépendant, commandé par le capitaine Cotto est un groupe spécialisé en déminage. Ils sont chargés de décontaminer les 7 lignes définies pour l’étude sismique. Ils logent et sont nourris dans un camp à quelques km de Boukraa. Selon nos sources, leur travail est attaché au gouvernement marocain et non avec la société polonaise. Selon des témoins ils sont équipés de matériel détecteur de métaux de  type « poêle à frire ».

Equipe Média, El Aaiun, Sahara Occidental occupé
Le 6 juin 2016

*  Voir l’information complémentaire à paraître à propos des grèves et leurs conséquences.