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mardi 4 février 2020

EM. CAN Futsal 2020, du sport sous haute surveillance armée

La Coupe d’Afrique des Nations en Futsal est accueillie du 28 janvier au 7 février 2020 par le Maroc au Sahara Occidental, pays qu’il occupe militairement sur plus de 75% de sa surface.
8 équipes sont en compétition, pour cette coupe en totale contradiction avec les valeurs du sport. Elles sont groupe A : Ile Maurice, Guinée équatoriale, Libye, Maroc ; groupe B : Égypte, Guinée, Angola, Mozambique. Chaque équipe compte 5 joueurs et 7 remplaçants.
À noter que l’Ile Maurice s’est retirée de la compétition pour des raisons éthiques (selon les médias) après le premier match. À noter aussi qu’il n’y a pas d’équipe sahraouie en compétition.

Depuis le 28 janvier, à El Aaiun, capitale du Sahara Occidental occupé, des barrages et barricades entourent la salle de la compétition, contrôlent et bloquent tous les accès. Des policiers et agents de renseignements généraux sont omniprésents dans la zone, les rues et ruelles alentours.

Les premiers matchs n’étaient accessibles qu’à un public invité, dûment sélectionné. Un journaliste qui s’est présenté comme tel pour assister au premier match a été interdit d’entrer, sans explication. Il est membre de l’Équipe Média, agence de presse sahraouie en territoire occupé (EM).

Suite au départ de l’Ile Maurice de la compétition et à ses remous politiques, les accès n’ont plus été conditionnés aux invitations. Néanmoins, le 1er février, 3 journalistes de la même agence EM, amateurs de sport, n’ont eux pas pu dépasser le premier barrage à 300 mètres de l’entrée du stade où les agents des renseignements généraux les ont reconnus et leur ont interdit d’aller plus loin. Ces mêmes agents les ont ostensiblement suivis jusqu’à voiture et taxi, et se sont assurés de leur départ de la zone.
Ces manières d’intimidations ont eu l’effet assurément escompté. En effet, les photographes de l’EM n’ont pas essayé d’assister aux matchs par crainte de confiscation de leur matériel, ce qui leur arrive fréquemment lors de couvertures de manifestations populaires et politiques de revendication de l’indépendance du Sahara Occidental.

Des correspondants EM restés anonymes et des spectateurs proches de l’EM ont assisté aux matchs Libye - Guinée équatoriale et Guinée - Angola. Selon leurs commentaires, sur les 372 fauteuils de la salle, les 120 spectateurs présents étaient opposés avec côté gauche du public ordinaire, côté droit les visiteurs étrangers, les membres de la Fédération royale marocaine de football et les hauts responsables locaux. Les entrées étaient gratuites.
Il y avait aussi dans la salle 60 agents de sécurité en tenues sportives soit 30 policiers équipés de talkie-walkie et pistolets, et 30 agents des forces auxiliaires para militaire avec talkie-walkie et matraques.
Sur le terrain les matchs ont fini respectivement sur les scores de 2-1 et 1-5. L’ambiance dans le public essentiellement composé de colons marocains n’était pas au rendez vous, et si l’arbitrage était bon, le jeu a manqué singulièrement de rythme.

À l’extérieur de la salle, les correspondants EM ont pu constater la présence de 100 véhicules de police et des forces auxiliaires et presque 500 policiers, agents de force auxiliaire et les Blair, des soldats en tenues de police. Photos et vidéo ont très difficiles à prendre dans ces conditions d’où leur médiocre qualité.

La compagnie Total, le sponsor affiché de la compétition n’a peut être pas consulté son service éthique avant de s’engager en soutien de cette CAN Futsal. En effet, si l’on ne considère pas uniquement comme coïncidences ses départs de l’exploration pétrolière sur le bloc Anzarane - offshore du sud du Sahara Occidental - après les avis juridiques rendus au conseil de sécurité de l’ONU et à la cour de justice de l’UE affirmant illégales les activités du Maroc au Sahara Occidental puisque ce sont deux pays séparés et distincts, alors Total soutient ici paradoxalement un régime d’occupation, loin du sport.

En réalité, ce déploiement policier disproportionné est probablement bien plus coûteux que les dépenses sportives. Alors les sanctions annoncées par la CAF (brève RFI) contre les équipes d’Afrique du Sud et de l’Ile Maurice qui ont renoncé à la compétition par respect du droit international, soit suspension pour les deux prochaines CAN et amende de 75.000 dollars, font douter de la profondeur de l’examen de la situation par cette CAF qui semble sur tous les plans avoir oublié ses valeurs. Cela interroge sur les motivations réelles à l’organisation par le Maroc, à El Aaiun occupé, d’une telle compétition.

Équipe Média, Sahara Occidental occupé
El Aaiun, le 4 février 2020

Crédit photo EM
       

lundi 5 novembre 2018

EM. Lettre ouverte aux champions de football

La date anniversaire du début de l’invasion armée du Sahara Occidental par le Maroc et la Mauritanie approche. C’est une journée noire, en mémoire du début des massacres de civils sahraouis, une journée que le Maroc, auteur de ces exactions, célèbre à grands coûts et organisation d’évènements médiatiques. Cela jusque au ridicule.

EM a reçu la lettre ouverte de footballeurs sahraouis amateurs, habitants du Sahara Occidental occupé.
Ils sont footballeurs de bon niveau qui ne seront jamais professionnels, ni atteindre un niveau international, parce que la condition en est de faire allégeance au Makhzen qu’il ne reconnaisse pas pour leur dirigeant. Le Makhzen d’à côté.

Par mesure de protection, nous publions leur lettre ouverte avec leurs seuls prénoms. Pour toute correspondance, contactez EM qui transmettra.


Lettre ouverte

M. Trézégué, Cafu, Hugo Sánchez Márquez, Abedi Pelé, Samuel Eto’o, Rivaldo, René Higuita, Fabian Ayala, Crespo et Saviola, Ivan Helguera, Zambrotta Abiati et Clarens Seedorf

Il paraît que vous allez venir le 6 novembre prochain dans notre beau pays, le Sahara Occidental, disputer un match de gala dans sa capitale, El Aaiun (ou Laayoune)… Soyez les bienvenus messieurs les champions !

Nous aimerions beaucoup vous rencontrer, mais nous craignons que cela ne soit pas possible alors même que vous passerez à côté de nos maisons. 
Ce ne sera pas possible, très estimés champion, parce que vous venez dans notre pays, inviter par un autre pays, le Maroc.
Et le Maroc est militairement partout chez nous. Il occupe notre pays, pour toute la partie à l’ouest du mur.

Ce ne sera pas possible parce qu’à nous asseoir autour du thé pour discuter avec vous, du vent, du sable, des nuages et des troupeaux, nous en viendrions à vous expliquer que vous êtes venus jouer au ballon, fêter les nobles valeurs du sport, pour célébrer l’invasion militaire de notre pays. C’était en 1975.
L’invasion pendant laquelle nos parents et grands parents ont fui ou sont morts. Une invasion qui voulait exterminer notre peuple de bergers, pour voler à notre terre et notre mer ses généreuses richesses…

Votre autographe - celui dont nous rêvons parce que nous savons tout de vos carrières et exploits - nous vaudrait d’être violemment frappés par la police ou la gendarmerie marocaine, d’être harcelés ensuite. Nous ne pourrons vous approcher.

Messieurs les champions, si vous venez à El Aaiun, en territoire occupé du Sahara Occidental, nous ne pourrons vous accueillir selon les traditions nomades de notre peuple.
Jamais lors de votre séjour nous n’échangerons de balles, alors que certains d’entre nous sont des très bon joueurs, même sur nos terrains clandestins de sables et de pierres.

Messieurs les champions, vous avez vos raisons d’avoir accepté l’invitation de venir célébrer l’invasion militaire et destructrice de notre pays, le début de la guerre, et avec cela de soutenir le makhzen qui nous occupe toujours et continue à exploiter nos ressources pour grossir sa poche.
Vous avez vos raisons, et après nous avoir lu, votre conscience sera éclairée.


Si vous venez quand même, s’il vous plait, ouvrez vos yeux et vos oreilles, témoignez en rentrant chez vous. Vous serez très entourés, suivis aussi, mais jamais vous ne nous rencontrerez.
Si vous ne venez pas, alors rencontrons-nous ailleurs ! 
Où nous pourrons nous asseoir et deviser, jouer au ballon dans le grand plaisir des craintes oubliées, rêver ensemble de l’indépendance qu’un jour nous aurons… Nous, peuple Sahraoui.
Said, Sid


Équipe Média
El Aaiun, Sahara Occidental Occupé 
le 4 novembre 2018