mercredi 14 mars 2018

EM. Invasion de bateaux pirates au Sahara Occidental occupé

Bientôt plus de 250 000 tonnes de phosphate seront expédiés hors du Sahara Occidental, pour une valeur de plus de 25 millions de dollars US. Il n’y a aucune information concernant l’accord des propriétaires, les Sahraouis, à la vente de ce phosphate par l’OCP, une compagnie marocaine. L’absence de consultation et assentiment rend l’opération illégale.
Les premiers 50 000 tonnes de minerai de phosphate sont en cours de chargement à bord du vraquier le Triton Swan actuellement amarré à quai. 4 autres vraquiers sont en attente à l’ancre au sud du port.

Les 4 vraquiers en question sont les suivants, détaillés par leur ordre d’arrivée au large de El Aaiun.
Le Triton Swan, IMO 9632985, bat pavillon du Panama, son port en lourd est de 61457 tonnes. Il est arrivé le 15 février en provenance de Fos sur mer (France), et après une escale à Gibraltar. Selon les informations disponibles, son propriétaire est Triton Navigation - Amsterdam, Netherlands.
L’African Sunbird, IMO 9397884, bat pavillon du Panama, son port en lourd est de 55688 tonnes. Il est arrivé le 22 février en provenance de Rotterdam (Pays-Bas) avec une escale à Las Palmas (Espagne). Son propriétaire semble être Misuga Kaiun - Tokyo, Japan
L’Ultra Passion, IMO 9811907, bat pavillon du Panama, son port en lourd 63472 tonnes. Il est arrivé le 27 février en provenance de Oran (Algérie) via Las Palmas. Son propriétaire est Ultrabulk A/S, Denmark
Le Zeyno, IMO 9700421, bat pavillon de Malte. Son port en lourd 63064 tonnes. Il est arrivé le 27 février en provenance de Fos sur mer (France). Son propriétaire est Gsd Denizcilik Gayrimenkul, Turquie.
Le Bi Jia Shan, IMO 9632272, bat pavillon de Hong Kong. Son port en lourd est de 56625 tonnes. Il est arrivé le 14 mars en provenance de Civitavecchia (Italie) via Las Palmas. Son propriétaire et opérateur est China Shipping International Shipmanagement Co, Shanghai, Chine.

Les raisons de cette affluence de vraquiers et la longue attente de certains n’est pas connue. Des marins interrogés ont fait allusion à des périodes de vent fort qui pourraient avoir empêché une approche du quai, mais ont douté de la pertinence de cette raison sur une telle durée.
Les travailleurs du phosphate n’ont pas fait état de problème avec le convoyeur de 100km qui relie les mines de Boucraa au port.
Une autre hypothèse serait que cette attente pourrait être liée au jugement finalement rendu par la justice sud-africaine le 24 février, statuant que la cargaison de 55 000 tonnes de phosphate immobilisée depuis 9 mois à Port Elisabeth à bord du NM Cherry Blossom, originairement transportée pour être vendue par l’OCP, l’était illégalement et appartient en droit au peuple Sahraoui.
Néanmoins la logique ne tient pas. Les risques juridiques et financiers inhérents au transport de ce phosphate sont clairement réels, et ont probablement des incidences sur les stratégies des compagnie de transports et leurs commanditaires, mais ces 5 navires sont en attente de chargement. Cela d’autant que de gros acheteurs déclarés, comme Nutrien, ont annoncé avoir décidé de ne plus s’approvisionner en territoire occupé à partir de cette année.
Un importateur cherche-t-il à faire des stocks prévisionnels ?
Au moment de la publication de cet article, les destinations des navires ne sont pas connues, ni les identités des entreprises pour qui sont les cargaisons.

De récents mouvements de bateaux européens au port de El Aaiun sont rapportés ici pour leur collaboration aux activités marocaines sur le territoire occupé militairement.
Les navires sont le Marley, le Oceanic, le Eems Dublin.
Le 12 mars 2018 le bateau Belge le Marley, IMO 9116814, a jeté l'ancre dans la baie du port d’El Aaiun. C’est son 4ème transport en provenance de Casablanca depuis début février. Il a, à chaque fois, déchargé sa cargaison à El Aaiun.
Le Océanic, sous pavillon des Pays-bas, IMO 9624550, est arrivé le même jour, en provenance de Ceuta.
Le Eems Dublin, sous pavillon des Pays-bas aussi, vient de partir à vide du port de El Aaiun après avoir déchargé. Il était arrivé le 8.
Ces trois navires ont la capacité de transporter des éléments d’éoliennes.
Des sources ont confirmé que le Eems Dublin avait apporté des nacelles, rotors, multiplicateurs et des générateurs. Ces appareils seraient destinés aux projets éoliens de Boujdour.
Les parcs de production d’énergie à origine éolienne sont construits au Sahara Occidental par le Maroc pour servir ses activités d’occupation illégale, et selon nos connaissances, ils n’ont pas reçu l’autorisation des représentants du peuple sahraoui.
La cour de justice de l’Union Européenne vient de rappeler à tous ses membres, par son jugement de décembre 2016 sur l’accord commercial EU-Maroc, puis de janvier 2018 sur l’accord de pêche entre les mêmes parties, que les activités avec ou pour le Maroc au Sahara Occidental sont illégales sans l’accord des Sahraouis. Les navires européens indiqués ci-dessus ont donc des activités litigieuses.

D’autre part, depuis le 15 février 2018, le bateau russe Akademik Primakov, IMO 9187514, accompagné des navires d’appui et sécurité le Sursum Corda, et le Marja, ont été observés au large de El Aaiun. C’est à cette période qu’ont commencées les boucles des relevés sismiques. Le navire de 92,5 mètres de long est équipé de 16 treuils de flûtes sismiques pour l'acquisition de données sismiques 3D. Il a une capacité de 68 personnes à bord.
Le BGP Prospector, IMO 9545986 et pavillon Bahamas, effectue lui des relevés sismiques au large de Bougdour au moins depuis le 5 février. Le navire est accompagné du Geo Service 1, du Flamingo et du Shannon.
Les deux navires opèrent sans l’autorisation des Sahraouis.

À Dakhla, le bateau Italien Rhapsody, IMO 9104835, propriété de Grandi Navi Veloci, en provenance de Marseille via Las Palmas est arrivé au port le 10 mars 2018. Avec une capacité de 2650 passagers et 708 véhicules, le bateau est au service de l’édition 2018 du Forum Crans Montana, prévu jusqu’au 20 mars 2018. Il l’avait été de même en 2016. Le site d’information Tourmag précise « 600 participants seront invités à bord. Du 10 au 18 mars 2018, GNV met à disposition ses services d'hébergement et d'hôtellerie et un service de pension complète. Il accueillera également la soirée de gala avant de partir pour une mini-croisière vers Casablanca. »
Le Forum Crans Montana censé réunir « des chefs d’État, des organisations internationales et des entreprises autour de l'Afrique » est en fait l’organisation d’un événement marocain de promotion de sa colonisation du Sahara Occidental. L’instrumentalisation de l’objet et du lieu de la réunion sont dénoncés par l’Union Africaine qui a appelé, comme en 2015, tous les États membres, les organisations de la société civile africaine et les autres acteurs concernés à boycotter la présente édition.

À noter, le 9 octobre 2017 EM avait publié un article informant d’un phénomène similaire de file d’attente de vraquiers de transport du phosphate. Ils étaient alors 3. Ce ne sont pas les seuls transports de phosphate des derniers 6 mois. Les informations systématiques sur les navires du phosphate, leurs cargaisons, destinations et propriétaires, sont étudiées et rapportées par l’organisation internationale WSRW, observatoire des ressources naturelles du Sahara Occidental. Elles sont disponibles en ligne.

Équipe Média, Sahara Occidental occupé
El Aaiun, le 14 mars 2018

Capture écran vesselfinder.com

mardi 13 mars 2018

EM. Sahara Occidental occupé : une semaine d'arrestations et manifestations


Le 19 février 2018, Malainine Sine lycéen sahraoui de18 ans a été enlevé sur la voie publique par trois policiers marocains en civil, à environ 200 mètres de son domicile quartier les appartements rouges à El Aaiun. Il a été inculpés 23 février pour avoir lancé des pierres.
Pendant 48h de garde-à-vue il a été interrogé et torturé en vue de l’obtention d’aveux, puis il a été présenté au juge d'instruction du tribunal de première instance à El Aaiun
La famille Sine est inquiète parce qu’une détention de leur fils, footballeur talentueux, pourrait détruire ses espoirs d’évoluer et jouer à un haut niveau. Le juge d’instruction a fixé le procès au 6 mars.

Le  24 février, 40 ex-travailleurs du port de Boujdour ont manifesté à proximité du port contre leurs expulsions et leur écartement du travail. Ils demandaient à être ré-embauchés.
Ils ont travaillé comme porteurs de poissons de 2013 à 2017 et ont été licenciés en août 2017 sans explication.
Ils déchargeaient les cargaisons des bateaux vers les camions et selon eux cela représentait le déchargement de 3 600 caisses de poisson chaque jour.
Les revendications des manutentionnaires n’ont pas été entendues. 6 manifestants ont été blessés lors de  l’intervention de la police marocaine. 
Les 16 bateaux inscrits dans le port appartiennent tous aux colons marocains.

Le 25 février, dans le quartier Zemla de El Aaiun, 50 jeunes sahraouis ont pris part à des manifestations marquant le 42ème anniversaire de la proclamation de la République Arabe Sahraouie Démocratique. Les slogans et pancartes dénonçaient l'Accord de pêche entre l’UE et le Maroc. Les policiers marocains les ont dispersés de force. 7 manifestants ont été arrêtés et 20  ont été blessés.
Après 72h en garde-à-vue, les 7 ont mis en liberté provisoire sous contrôle judiciaire jusqu'au 26 mars, date de leur présentation devant le juge d’instruction.
Ils sont : Abidin Bougzatni, 20 ans ; Omar Lbhaih, 18 ans ; Mohamed Guergar, 19 ans ; Othman El Moussaoui, 18 ans ; Mohamed Mraizig, 19 ans ; Hassan Daoudi, 21 ans ; Zerouali Hamma,  17 ans.
Pendant la comparution devant le juge d’instruction, la police marocaine a bloqué les rues menant à la cour d’appel pour empêcher aux familles des détenus d'accéder au tribunal.
Les agents se sont rassemblés devant les portes de la cour et ont même empêché les fonctionnaires de rejoindre leurs bureaux. Un fonctionnaire a été agressé par des policiers.
Dans un communiqué, le syndicat régional de la justice a vivement protesté contre l’état de siège imposé à la cour d’appel et contre les agressions  des fonctionnaires et cadres de la cour par la police. Le syndicat incrimine l’officier El Alji personnellement et exige l’ouverture d’une enquête judiciaire immédiate sur les faits.

Le 27 février à Essmara occupée, environ 100  Sahraouis ont manifesté pour commémorer le 42ème anniversaire de la RASD. Ils ont bruyamment protesté contre le pillage des ressources naturelles du Sahara Occidental par le Maroc et ses complices dans le monde.
Les forces d'occupation sont intervenues et ont jeté des pierres sur les Sahraouis qui résistaient à cette attaque. Elles ont aussi entravé les soins aux blessés.
3 femmes ont été blessées, dont Soukeina Jed Ahlu, présidente du FAFESA (Forum de l'Avenir de la Femme Sahraouie).
Lors de cette manifestation, deux  journalistes ont été attrapés par la police marocaine alors qu'il couvrait la manifestation. Ce sont Mohamed Joumaai  et Ahmed Essalami. Ils ont été relâchés après un interrogatoire d’une heure.

Équipe Média, Sahara Occidental occupé
El Aaiun, le 3 mars 2018

lundi 9 octobre 2017

EM. Embouteillage au quai de phosphate de El Aaiun occupé


En quelques jours, ce début octobre, plus de 100 000 tonnes de phosphate sahraouis ont été expédiées loin du territoire colonisé. Les phosphates ont été extraits et vendu par l’occupant, le Maroc, à son propre profit. En septembre, les navires Ultra Dynamic et Ultra Crimson, avaient déjà emportés une quantité similaire de phosphates sahraouis. Un suivi attentif des informations internationalement disponibles, ainsi que des contrôles de visu ont permis à Équipe Média d’établir les présents constats.

Le 3 octobre 2017 le bateau Glovis Madrid. imo 9610999, pavillon Singapour, en provenance de Bremen, est arrivé à El Aaiun. Son tirant d'eau était alors de 6,7 m et son maximum possible de 12,85m, son port en lourd 56 605 tonnes.
Le vraquier chargé de phosphate est reparti dans la nuit du 5 au 6 en direction du canal du Suez, qu’il est estimé atteindre le 15 octobre prochain. Son tirant d’eau était alors de 12,9m.
Selon les informations qu’Équipe Média a pu trouver, son propriétaire est  PST Management de Singapour, et son gestionnaire Pacific International Lines de Singapour.

Le soir du 4 octobre, le Panagiotis,(ex Maverick Gunner), Imo 9461063, pavillon des îles Marshall, en provenance de Hadera (Israël) est arrivé au large de El Aaiun avec un tirant d'eau à 7m. Son port en lourd est de 80 717 tonnes. À son départ d’El Aaiun le 8 octobre, chargé de phosphates, son tirant d’eau était de 11m. Il se dirige vers South West à la Nouvelle-Orléans, Usa.

En  décembre 2016, la Cour de Justice  de l’Union Européenne, selon les principes du droit international, dont l’avis juridique de Hans Corell au Conseil de Sécurité de l’ONU, a jugé illégal toute activité avec ou en relation avec les ressources naturelles, renouvelables ou non,  du territoire du Sahara Occidental. Seul l’accord des autorités sahraouies, soit le Polisario, rend possible exploration ou exploitation de ces ressources. C’est-à-dire que les entreprises qui exploitent ou utilisent les phosphates peuvent être désormais poursuivies devant les tribunaux.

Au début de cette année, un bateau chargé de 55 000 tonnes de minerai de phosphate en provenance du Sahara Occidental a été arrêté par la justice sud africaine, après l’alerte du caractère illégale de sa cargaison. La procédure ayant été jugée recevable, et le procès légitime, l’OCP, exploitant marocain des phosphates sahraouis, a décidé d’abandonner sa défense de la cargaison, peinant probablement à trouver des arguments justifiant son pillage.

En juin dernier, WSRW, observatoire international des ressources du Sahara Occidental a publié un rapport dans lequel se trouvent tous les navires qui ont chargé et emporté du phosphate sahraoui depuis El Aaiun, pour la période du 1er janvier 2016 au 9 juin 2017. S’y trouve aussi une estimation des quantités transportées, ainsi que les informations administratives. (http://www.wsrw.org/a111x3929)

Au moment de la publication de cet article, le SBI Tango, Imo 9714707, pavillon des îles marshals, port en lourd de 61 192 t, est amarré au quai de chargement de phosphate à El Aaiun. S’il charge lui aussi plus de 50 000 t, cela fera plus de 150 000 tonnes de phosphate expédiés du port d’El Aaiun en une semaine.

La haute surveillance militaire et policière du port d’El Aaiun par le Maroc rend difficile le travail des journalistes, qui n’ont pas l’autorisation d’y accéder pour photographier ou enquêter.

Équipe Média. El Aaiun, Sahara Occidental occupé
Le 9 octobre 2017

 

vendredi 28 juillet 2017

EM. Qui convoite la clientèle de la pharmacie sahraouie de nuit d’El Aaiun ?

Salek Abdelmajid Mohamed est pharmacien à El Aaiun. Il a commencé à exercer son métier en 1974, alors que le Sahara Occidental était sous occupation espagnole. Sahraoui né en 1958, il possède donc de documents d’identité espagnols.

Depuis 1992, sa pharmacie, située rue rue Hassan 1 dans le quartier Hay Hadjari est ouverte 7 jours sur 7 de 22h à 9h. C’est un grand service, et il a la reconnaissance notamment de la population sahraouie.
Après 43 années d’activité professionnelle et consciencieuse, mais aussi d’engagement, puisqu’il est responsable du dépôt de médicaments de El Aaiun, d’incompréhensibles attaques administratives, policières et judiciaires s’enchaînent contre lui depuis le début de cette année 2017.

Les premiers, le syndicat national des pharmaciens de Casablanca et l’association des pharmaciens à El Aaiun, déposent plainte contre Salek Abdelmajid Mohamed auprès du procureur du roi du Maroc. Le motif de la plainte est la vente de médicaments sans autorisation. Peu après, comme en réponse à ces accusations sans fondement, le gouverneur de El Aaiun, Yahdih Boucha’ab, invite Salek Abdelmajid Mohamed (ci-après nommé « Salek » par commodité) à venir le rencontrer, pour lui proposer de fermer sa pharmacie en échange de 4 cartes de promotion nationale et d’une parapharmacie.
Salek refuse et s’explique. Le métier n’est pas le même ni son intérêt. Il n’y a aucune raison pour qu’il change de travail.

Les intimidations administratives et policières se poursuivent, Salek est forcé de fermer sa pharmacie  sans que lui soit présenté de notification de « décision d’interdiction ». Le Pacha répond à sa demande par une affirmation : il n’y a «  que des ordres ». Chaque tentative de réouverture est empêchée par la force sans justification.

Le 24 février 2017 une autre plainte est déposée contre Salek par le syndicat national des pharmaciens et l’association des pharmaciens à El Aaiun. Il ne connaît les chefs d’accusation que lors de l’audience au tribunal le 4 avril : vente de médicaments sans autorisation. Salek réfute cette accusation, portée sans preuve.

Il est condamné à deux mois de prison avec sursis et à des amendes de 20 milles dirhams pour le syndicat et l’association. Salek fait appel et maintient la pharmacie ouverte pendant tout le mois du Ramadan, soit juin 2017.

Fin juin, une nouvelle plainte cette fois d’individu l’accusant de vendre des « drogues sans recette médicale » lui valent une nouvelle audition. Les accusateurs sont Khattari El Aaloui et une dame Ahlam.

Il présente le registre sur lequel sont consignés tous les noms des clients qui ont acheté avec ordonnance des médicaments qualifiés médicalement de « drogue » de 1995 jusqu'au 28 juin 2017. Ce registre répond à une obligation légale qu’il a scrupuleusement respectée.
Il est arrêté le 3 juillet 2017, interrogé par la police judiciaire pendant 2 jours en garde-à-vue. Il ne peut alors contacter ni sa famille ni son avocat, ni l’ambassade espagnole – puisqu’il est de nationalité espagnole.

Le procureur du roi marocain devant qui il comparait l’envoie à la prison noire.
Lors d’une nouvelle comparution le 7 juillet, le procureur et l’accusateur El Alaoui Khattari essaient de le convaincre d’accepter 4 cartes de promotion nationale, la fonction de Chaikh – soit informateur des autorités marocaines, fonctionnaire dépendant du ministère de l’intérieur – assortie d’un salaire  mensuel de 25 milles dirhams. (environ 2 280 euros)
Salek refuse, il est reconduit à la prison noire.

Le 13 juillet, la cour de première instance prononce un verdict de 6 mois de prison avec sursis et l’obligation de fermeture provisoire de la pharmacie jusqu'au règlement de la situation juridique.
La situation juridique problématique en question n’est pas connue du pharmacien.

Son parcours semble au contraire plutôt caution de sa probité.
En mars 1974, avec le bac, il entre en stage dans la pharmacie de l’Espagnol Rodriguez Umberto. En 1975 Umberto lui demande de faire les démarches pour obtenir une carte d’identité espagnole, puis il l’affilie à l’assurance sociale. Il lui propose aussi d’aller en l’Espagne pour travailler et continuer ses études. Mais Salek est soutien de famille, et sa mère refuse de le laisser partir.
En juin 1975 le gouverneur espagnol au Sahara Occidental, le général Salazar lui donne une autorisation pour la gestion d’une pharmacie.
En 1977, après le passage de l’occupation espagnole à l’occupation marocaine, le gouverneur Ahmed Bensouda et son adjoint Said Ouasso, confirme oralement que l’Espagnol Juan Umberto « fils de Rodriguez », les Sahraouis Sbaiti Mohamed et Salek Abdelmajid Mohamed sont autorisés par le Maroc à travailler.
En 1986 l’Espagnol Juan décide de quitter El Aaiun pour aller vers les îles Canaries, et vend sa pharmacie à Salek.
Salek n’a pu obtenir la nationalité marocaine qu’en 1988 et un passeport en 1998. Le Maroc lui donne le nom de Salek Hmaima. C’est donc en 1999 seulement qu’il peut partir en Espagne pour continuer ses études. Il obtient en 2002 le diplôme d'assistant de laboratoire de l’institut américain de Madrid.
À partir de 2007, il gère seul la pharmacie avec une assistante.

Un des griefs avancé par le juge contre Salek est sa méconnaissance de la langue française, utilisée principalement pour les ordonnances et notices des médicaments. Un argument réfuté par Salek par le bon sens. Les langues française et espagnole sont proches, utilisent le même alphabet, et sa longue pratique fait que si Salek ne sait pas parler Français, il sait le lire et le comprendre.

D’après de rapides investigations menées par l’Équipe, il apparaît que de nombreux pharmaciens marocains de El Aaiun ont des diplômes obtenus en Ukraine, sans que soit interrogée leur capacité à lire le Français.

Salek est actuellement sans emploi après la fermeture arbitraire de sa pharmacie.

Interrogé, un pharmacien marocain a expliqué sous couvert d’anonymat qu’il n’avait pas de problème administratif, ni d’approvisionnement en médicaments dans les deux laboratoires attitrés,  Sremed et Sorepha d’Agadir. Un autre a émis l’hypothèse que les attaques contre Salek venaient de pharmaciens marocains, désireux de faire fermer la pharmacie pour récupérer la clientèle sahraouie qui place toute sa confiance en Salek.

Équipe Média restera vigilant pour rapporter tout complément d’information à cette affaire, qui prive une partie de la population d’El Aaiun d’un service sanitaire indispensable, notamment dans les situations d’urgences nocturnes. Ce n’est pas la première fois que la colonisation marocaine, imposant dans la partie occupée du Sahara Occidental son fonctionnement corrompu, agit de telle façon. C’est néanmoins une nouveauté que la cible soit un service du domaine du soin, sans lien aucun à la politique.

Équipe Média, Sahara Occidental, El Aaiun occupée
Le 28 juillet 2017

* Carte de promotion nationale : allocation de subsistance de 2100 dirhams par mois, (env 185€) contre des travaux de ménage. La somme est attribuée par et subordonnée à, la décision arbitraire du wali.

mardi 20 juin 2017

EM. La "promotion nationale" au prix du silence sahraoui


Vendredi 16 juin 2017 à El Aaiun, Mahfouda Lafkir, Zaina Chtouki  et El Hussein Naciri ont manifesté dans le dépôt de la promotion nationale contre la décision des autorités d’occupation de geler leur bénéfice de cette allocation marocaine.

Au titre de la promotion nationale du ministère de l'intérieur marocain des centaines des Sahraouis travaillent comme hommes et femmes de ménage pour un salaire mensuel du 185 euros. Les "cartes" sont attribuées au bon vouloir du wali local, et pour le Sahara Occidental en coordination avec des délégués locaux qui sont des militaires. Elle n'ouvrent pas droit à congé, ni retraite, ni couverture maladie.

Dans le contexte particulier de l'occupation et de la discrimination à l'embauche quand les emplois vont majoritairement aux colons marocains, cette allocation est pour beaucoup de Sahraouis la base de la survie de la famille.
Les 3 militants font partie du comité sahraoui des expulsés de leur travail.

Sur leurs pancartes ils dénonçaient la politique d’appauvrissement des Sahraouis, le pillage systématique des phosphates et poissons sahraouis et les facilités accordées aux colons marocains pour tous les aspects de la vie quotidienne.

Mahfouda Lafkir mère de 4 enfants qualifie la suppression du bénéfice de la carte de vengeance des autorités d’occupation contre les Sahraouis qui militent pour indépendance de leurs pays.
 

La manifestation a duré une heure, avant que la police et un qaid n'oblige les militants à partir.

Équipe Média, El Aaiun, Sahara Occidental occupé
le 18 juin 2017

mardi 13 juin 2017

ACAT. Procès Gdeim Izik, saisine Rapporteurs ONU, visite Macron au Maroc

ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) - Communiqué de presse

Procès de Gdeim Izik - Requête de l'ACAT auprès des rapporteurs spéciaux de l’ONU
Visite de M. Macron au Maroc – Le président doit affirmer sa vigilance sur les droits de l’homme
 
Emmanuel Macron sera en visite officielle au Maroc les 14 et 15 juin, où il rencontrera le roi Mohammed 6. Selon l’ACAT, il est nécessaire que le président français évoque publiquement la question du procès emblématique de Gdeim Izik actuellement qui se déroule actuellement devant la Cour d’appel de Rabat. Mardi 13 juin, l’ACAT a déposé une requête [1] auprès de plusieurs rapporteurs spéciaux  de l’ONU [2] pour dénoncer les violations graves subies par les 24 militants politiques et défenseurs des droits de l’homme sahraouis qui font l’objet d’un procès inique, caractérisé notamment par la prise en compte d’aveux signés sous la torture.
 
Selon Hélène Legeay, responsable Maghreb/Moyen-Orient à l’ACAT, « Nous espérons qu’Emmanuel Macron fera preuve, à l’égard de Mohammed VI, de la même fermeté qu’avec Vladimir Poutine. Le procès de Gdeim Izik est emblématique du peu d’égard du Royaume pour les droits de l’homme en général et les droits des sahraouis en particulier. La France, en tant que premier partenaire du Maroc, ne peut décemment pas fermer les yeux sur cette affaire. »
 
L’iniquité du procès se révèle chaque jour de plus en plus criante. Bien que le président de la Cour d’appel de Rabat ait finalement consenti à ce que certains des accusés soient soumis à des expertises médico-légales, ces dernières ne sont absolument pas conformes aux standards d’enquête détaillés par le Protocole d’Istanbul et servent d'alibi à la Cour pour qu'elle puisse une nouvelle fois se fonder sur les aveux que les accusés ont signés sous la torture. Les avocats de la défense n'ont cessé d'être censurés tout au long du procès et n’ont pu aborder la question de la torture ainsi que celle de l’applicabilité du droit international humanitaire. Depuis l'expulsion dans la violence de deux avocates françaises de la défense, les accusés n'assistent plus à leur procès et sont représentés par des avocats dont certains suivaient jusqu'à présent le procès aux côtés de la partie civile adverse.
 
Les 24 accusés de Gdeim Izik ont été arrêtés, torturés et condamnés à de lourdes peines sur la base d’aveux signés sous la torture en raison de leur participation  à un camp de protestation sahraoui en 2010. Les condamnations ont été prononcées le 16 février 2013 par le tribunal militaire à l’issue d’un procès inique. Le 27 juillet 2016, la cour de cassation a cassé le jugement et renvoyé les accusés devant la cour d’appel de Rabat. Le 12 décembre 2016, le Comité contre la torture des Nations unies a condamné le Maroc pour les tortures infligées à l’un des 24 accusés, Naâma Asfari. A ce jour, la décision n’a toujours pas été mise en œuvre par le Maroc qui a annoncé au Comité qu’il la rejetait en tous points.
 
Notes :
• [1] Notre requête aux rapporteurs spéciaux de l’ONU est en pièce jointe et peut être consultée en suivant ce lien : https://www.acatfrance.fr/public/communication_rs_gdeim_izik.pdf
• [2] L’ACAT a saisi les rapporteurs spéciaux sur la torture, sur l’indépendance des juges et des avocats, sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression et sur la droit de réunion pacifique et d’association.

jeudi 8 juin 2017

EM. Une perpétuité ne pourra occulter les 200 millions de dollars annuel du phosphate volé


Lundi 5 juin 2016, le procès des prisonniers politiques sahraouis du groupe Gdeim Izik s’est ouvert devant la cour d’appel de Salé. Les militants sahraouis pour l'indépendance et le respect des droits mais aussi les avocats de la défense par leur absence, protestent contre ce procès inique, dont les premières audiences ont eu lieu le 13 mars 2017 après plusieurs mois de reports.

Le 6 juin dans l'espace autorisé aux manifestations sahraouies, entouré du brouhaha de sonos marocaines, les amis du condamné à perpétuité Sid Ahmed Lemjayed affirmait leur soutien et leurs revendications, parmi 80 autres manifestants.
Sur les panneaux on pouvait lire : "Agrium shame on you", "Le phosphate est sahraoui, il est à notre peuple"
Sid Ahmed Lemjayed est président du CSPRON, comité de soutien au plan de paix et de protection des ressources naturelles au Sahara Occidental.

Interrogé, Mohamed Jaaim, secrétaire général de CSPRON a affirmé : "je dénonce le pillage systématique des ressources naturelles au Sahara Occidental par le Maroc et ses complices, en particulier le phosphate, élément indispensable dans l’agriculture mondiale. 
Sid Ahmed a été condamné à perpétuité parce qu'il a pris position politiquement, et non pour des actes qui n'ont jamais été prouvés. 
Nous avons créé le CSPRON en 2005 et depuis cette date et même avant il affirme que l'occupation de notre pays a pour but le pillage de nos ressources naturelles, et que c'est totalement illégale parce que nous ne sommes pas d'accord. Voila pourquoi il a été condamné si lourdement. Le noeud du problème est là, la volonté de s'approprier nos ressources et notre refus catégorique. 
Nos pancartes saluent aussi le gouvernement d'Afrique du Sud qui a arrêté une cargaison de phosphate sahraoui représentant environ 6 millions de dollars, et va juger le 9 juin de sa propriété. Ce navire allait vers la Nouvelle Zélande pour une coopérative qui s'appelle Ballance Agri-Nutrients. Un autre navire d'une cargaison similaire a été arrêté à Panama, lui allait vers le Canada, pour la compagnie Agrium. Ces seuls deux navires valent probablement 12 millions de dollars. Par comparaison le Programme alimentaire Mondial donne l'équivalent de 7,9 millions de dollars pour les campements de réfugiés où survivent nos familles. 
Nous, le peuple sahraoui, nous ne sommes pas des mendiants pourtant et nous pourrions vivre en paix sans demander d'aide à personne si nous étions libre sur notre terre."
 

Jaaim est un ancien employé de Phosboucraa. Il a été envoyé vers le Maroc en 2006 en raison des ses activités syndicales.
 

Selon l'Observatoire international des ressources du Sahara Occidental, WSRW, le phosphate extrait de la mine sahraouie de Boucraa par l'OCP marocain représente 200 millions de dollars pour l'année 2016. L'Onu et, en décembre dernier, la cour de justice européenne, ont dit clairement que les phosphates et tout autre ressource du Sahara Occidental, renouvelable ou non, ne sont utilisables qu'à la condition de la consultation et l'accord du peuple sahraoui.

Équipe Média, El Aaiun, Sahara Occidental occupé
Le 7 juin 2017