Un train De Vie Exorbitant !
Les Habits neufs de l'empereur (Vilhelm Pedersen)
Au Maroc on fait comme dans le conte «Les Habits neufs de
l'empereur » du célèbre dramaturge et conteur de fées danois Hans
Christian Andersen : « ... à l’instant critique, tout le monde voit bien
que le Roi est nu, mais se comporte comme s’il était habillé de façon
extraordinaire, pour ne pas révéler sa connaissance de cette nudité... »
La moralité de l’histoire est que, « l’évidence que personne
n’ose dire », finit toujours par éclater au grand jour… Comme dans le
conte d’Anderson lorsqu’un enfant osa dire la vérité à l'assistance en
s’exclamant : « Mais il n’a pas d’habits du tout» !
Le second
enseignement moral de l'histoire est que, quand il y a un problème, il
faut en parler, même si on doit déranger les esprits, car autrement il
gonfle, il gonfle, et quand il éclate, c'est trop tard….
Plus d'un demi-siècle après « l'indépendance » du Maroc, il est
toujours interdit aux Marocains de contester les pouvoirs politiques du
Roi et ses prérogatives économiques, ou discuter sur la place publique
le budget de la Monarchie et du Palais Royal. (1)
Comme si, cette « indépendance » était un bien ou propriété
privée, dont le droit de disposition et d’usage relevaient exclusivement
d’une partie autre que Le nu-propriétaire qui ne peut en percevoir le
fruit !
Par un cynisme qui frôle l’indécence, le Gouvernement « islamiste » de
BenKirane, appelle les Marocains à serrer la ceinture à cause de la
crise économique en augmentant le prix des matières de première
nécessité pour les consommateurs Marocains (sucre, farine, lait,
carburants…), en accablant les contribuables de nouveaux impôts, et en
affichant la volonté d’en poursuivre le recouvrement d'une manière
impitoyable... Tout en faisant passer honteusement, en catimini comme
s’il s’agissait d’une manigance ou un chuchotement secret qu’on doit
passer sous silence, un budget au
Roi (au-dessus des moyens des Marocains) dont la fortune représente à elle seule 6% du produit intérieur
Brut du Maroc, et qui est le premier opérateur économique du pays, et
parmi les Monarques les plus riches de la planète !(2)
Le budget du Palais Royal est l'un des plus élevés parmi les
Régimes Monarchiques au Monde, et atteint, selon la loi de finance 2013,
le chiffre de 2.576.769.000 de dirhams, payés annuellement par le
trésor public aux frais du contribuable Marocain !
Cela revient aux Marocains à 7.028.293 DH (700 milles euros) par jour !
Une somme colossale pour un pays dont le déficit public dépasse les 6%
annuellement, Le chômage des jeunes atteint les 30%, le taux de
pauvreté se situe entre 25 et 30 %, et tous les indicateurs économiques
sont dans le rouge, et parmi les plus catastrophiques, car « chaque
année nous battons des records de déficit commercial et nous sommes dans
l’incapacité de couvrir les importations par les exportations » se
lamente l’économiste Marocain Najib Akesbi (3)
Le plus choquant dans cette histoire, c'est qu'un dirigeant puisse
mener un pareil train de vie, dans un tel contexte économique et
social , et dans un pays pauvre , ou les gens travaillent un mois pour
gagner 3000 dirhams, (moins de 300 euros) et ou le Smig est à 2200
dirhams ….(200 euros !)
La forme d’approbation de ce budget, pose par ailleurs la question de la séparation des pouvoirs et la sacralité du politique.
Ce budget passe le seuil du conseil des ministres (Présidé par le Roi) sans discussion. Il ne fait l’objet d’aucun débat au parlement qui se contente de l’enregistrer et l’approuver à l'unanimité !
Les organes de contrôle des dépenses publiques comme la cour des
comptes, ou l’inspection générale des finances n’ont aucun pouvoir de
contrôle des finances du Roi
ou du Palais Royal.
Parallèlement à cette dépense généreuse pour le Palais Royal, le projet de finance 2013 prévoit :
- Une augmentation d’impôts avec de nouvelles mesures fiscales qui touchent les classes moyennes à hauteur de 38 %.
- L’abrogation (pur et simple) du décret de l’ancien gouvernement
d’Abbas El Fassi de créer 4000 postes de travail pour les enchômagés.
- Le gel des salaires des fonctionnaires.
- La diminution de l’investissement public à hauteur de 39,26 milliard
de dirhams, réservé pour honorer la dette public de l’état Marocain
contractée au FMI ou aux institutions bancaires étrangères comme le club
de Paris.
- La diminution de ce même investissement public en faveur des
dépenses de gestion administratives (199,26 milliards de dirhams) pour
des ministères ou administrations dites de souveraineté, qui
engloutissent la majeure partie du budget aux dépend des secteurs
sociaux.
- L’allègement fiscal à hauteur de 36,6 milliards de dirhams en
faveur des grandes fortunes et grandes entreprises dont l’ONA propriété
du Roi et la Famille Royale.
Et bien entendu le projet du
gouvernement prévoit d’autres mesures impopulaires, entre autres :
s’attaquer à certains acquis sociaux comme la caisse de compensation, la
caisse des retraites, ou le droit de grève afin de museler les
syndicats et les travailleurs.
Selon un récent Rapport de la banque mondiale(4) consacré au
climat d’affaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le Maroc se
classe à la 97ème place, loin derrière la Tunisie pays du Maghreb,
classée au 50ème rang… À l’échelle du développement humain, le Maroc occupe la 130è place parmi les pays du monde...
Par des louanges dont le but est d’entrainer l’adhésion et le
sentiment d’obligation, ou la volonté de respecter les traditions ; par
une forme de fleurs de rhétorique (ou bluff) chantés sur tous les tons,
et répétés inlassablement par une classe politique discréditée,
corrompue et impopulaire, ou des médias serviles, complaisants et
obéissants, on s’efforce d’inculquer dans les esprits l’image
fallacieuse d’une Monarchie au-dessus de la mêlée, au- dessus des
classes, neutre, représentative et au service de tous les citoyens
Marocains, comme s’il s’agissait d’une monarchie en dehors des classes
sociales et en dehors de l’histoire !!
Une manœuvre à peine voilée pour brouiller les cartes et protéger
hypocritement (ou ne pas découvrir) le véritable détenteur du pouvoir et
perpétuer ainsi une forme de gouvernement politique dont le bilan est
désastreux pour les Marocains depuis l’indépendance formelle en 1956.
C’est également un procédé technique de la part de la monarchie pour ne pas rendre des comptes sur l’exercice du pouvoir :
- Lorsqu’il s’agit d’inaugurer un projet social (une école ou un puits
dans un lointain village du pays), c’est le Roi en personne qui se met
en valeur...
- Mais lorsqu’il s’agit de prendre des décisions impopulaires, ou
lorsqu’il est question d’échecs politiques, c’est le gouvernement qui
est responsable !
Or c’est un secret de polichinelle que les
choix et décisions stratégiques ainsi que toutes les orientations
politiques qui engagent le pays et ses générations futurs sont pris
dans un cercle fermé composé du Roi et ses conseillers, et le
gouvernement n’a rien à y redire ! Par la grâce d’une constitution taillée sur mesure, le Roi peut bloquer tout projet gouvernemental qui ne lui plaît pas.Il peut même congédier uniment et sur le champ le gouvernement et le parlement réunis !
Le coût du Roi, mets en lumière une place qui excède la mesure
ordinaire de l’institution de la Monarchie dans l’échiquier Politique
Marocain, en plus de la confiscation de tout débat public quant à ses
prérogatives et son pouvoir sans limites…
Par une présence démesurée, par l’accaparation de tous les leviers
du pouvoir, et par sa volonté d’écumer tous les grands chemins sans rien
laisser, ou en laissant des miettes, la Monarchie écrase le paysage
politique Marocain. Elle n’est pas neutre, mais au service de ses propres intérêts, d’une classe sociale bien déterminée, au service d’intérêts
étrangers -politiques et économiques- et des multinationales occidentales
et notamment françaises, aux dépens des Marocains !
Elle est au cœur de l’enjeu politique, et le Roi est le premier
responsable de ce qui se passe au Maroc étant lui-même le véritable
détenteur de tous les pouvoirs.
La Monarchie Marocaine est
l’exemple typique d’une « démocratie » ou « démocrature » de Façade, ou
la non transparence se cache derrière le manteau déguisé d’une
légitimité historique et religieuse (à la fois, insuffisante et
contestable) pour justifier un pouvoir politique et économique devenu de
plus en plus exorbitant pour les Marocains.
Saïd Karaoui
Bruxelles 21 novembre 2012
Publié par APSO avec l'autorisation de l'auteur.
(1) Répression
sauvage du setting pacifique du Mouvement du 20 février organisée à
Rabat capitale du Maroc ce dimanche 18 novembre 2012 - Jour de «
l’indépendance » du Maroc ! Pour protester contre l’énorme budget
accordé au Roi dans le projet de loi de finance de 2013
(2) Daniel Salvatore Schiffer - http://blogs.mediapart.fr/blog/daniel-salvatore-schiffer/100212/la-dictature-au-maroc-silence-censure-emprisonne-torture-
(3) http://www.luxeradio.ma-indicateurs-statistiques-comment-se-porte-l/’economie-marocaine?html 5 avril 2012
(4) Rapport Doing business 2013 AfricanManager, publié le 4-10-2012