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mardi 1 mars 2022

EM. Malgré les murs Sultana Khaya dénonce les projets éoliens de l’occupation


Interrogée par Équipe Média sur les suites de la tentative des militaires marocains de construire un mur pour bloquer la porte de sa maison, Sultana Khaya, militante sahraouie pour l’indépendance du Sahara Occidental à fait une réponse qui atteste de sa détermination et de son grand courage.

« L’interdiction que je vis depuis plus d’un an de sortir de ma maison est anecdotique. C’est la preuve de l’impuissance du Maroc face au droit à la justice que je défends.

Ce qui est important et que j’affirme très clairement c’est que des mesures doivent être prises pour que cesse le pillage des ressources naturelles renouvelables ou non de mon pays, le Sahara Occidental. Les profits servent économiquement et politiquement l’occupation et ses mesures répressives.

À 7 kilomètres de la ville de Bougdour où j’habite, l’occupant marocain construit un parc de 300 MW de production d’énergie avec des éoliennes. Les interlocuteurs sont le gouvernement marocain et non celui du Sahara Occidental. Les constructeurs sont le groupe marocain Nareva Holding, l’entreprise allemande Siemens et l'italien Enel Green Power. La compagnie maritime qui transporte les éléments d’éolienne est la compagnie allemande Briese Schiffahrts.

Ce parc éolien s’installe sans la consultation ni le constamment de notre peuple. Et nous ne sommes pas d’accord.

Les entreprises étrangères sont ici, comme ailleurs au Sahara Occidental, engagées dans un projet qui, en trahissant les vertus écologiques de la production d’énergie à source renouvelable, ne font que compliquer notre accès à l’inéluctable indépendance de notre pays.

Les Européens, plus particulièrement les Français, les Allemands et les Espagnols, doivent respecter les décisions de la justice européenne et internationale, et partir de chez nous.

Le pillage du Sahara Occidental par le Maroc et ses complices doit cesser pour que puisse advenir l’indépendance de notre pays, et se construise notre avenir libre. »

C’est le 21 février 2022 que les forces d'occupation marocaines ont tenté de bloquer la porte d'entrée de la famille Khaya avec du ciment et des parpaings afin de les empêcher de sortir et de protester contre la colonisation.

Le 13 février, informées de la venu de l’organisation marocaine des droits de l’homme la CNDH, les forces militaires avait levé l’encerclement de la maison de Sultana Khaya. Celle-ci vêtue d’une melafa aux couleurs de la République Sahraouie était alors immédiatement sortie avec le drapeau de sa République pour protester contre l’occupation et appeler la population à la rejoindre.

Néanmoins, les forces policières et paramilitaires n’étaient pas loin et les premiers arrivés se sont fait attaqués devant la maison. Cheikh El Hella Khaya, Rabab Khaya, Zainabou Babi, Waana Khaya, Ahmed Bahi, Fatma El Hafidi ont été blessés.

Le 14 février, la délégation du CNDH s’est heurtée au refus de Sultana Khaya de les rencontrer, la militante expliquant qu’elle ne reconnaissait pas la légitimité des instances d’une puissance occupante. Elle avait plutôt scandé depuis la fenêtre de sa maison des slogans pour l'indépendance et la liberté du peuple sahraoui.

Pour rappel, depuis le 19 novembre 2020, Sultana Khaya, sa mère Matou Khaya et sa sœur El Waara sont assignées à résidence, arbitrairement confinées chez elle sans électricité ni eau courante. Seule Matou Khaya, 85 ans, a le droit de sortir pour aller faire les courses sous la surveillance constante des policiers. Les téléphones sont chargés chez les voisins, qui conservent aussi au frais les denrées alimentaires des trois femmes.

Les seules personnes autorisées à les visiter sont leur famille, soit la sœur Salha et frère El Mahfoud.

La maison a été régulièrement envahie par les militaires marocains qui ont alterné les actes de violences sur les femmes et le mobilier (destruction du mobilier, projection de skunk – eau de moufette - sur les murs)

À la résistance des femmes ont répondu harcèlement sexuel (10 mai 2021) et viol d’El Warra (12 mai 2021) et de Sultana (les 5 et 15 novembre 2021). Les 5 et 8 novembre 2021, alors qu’elle se débattait contre la violence des hommes, les forces militaires ont injecté à Sultana une substance qui l’a fait immédiatement perdre conscience.

Équipe Média, le 27 février 2022 - El Aaiun, Sahara Occidental occupé

samedi 10 octobre 2020

EM. Les associations sahraouies sont en pleine activité en territoire occupé

Dimanche 20 septembre, des militants sahraouis des droits de l’homme ont fondé l’Instance Sahraouie Contre l’Occupation Marocaine, l'ISACOM. Le but de cette association est de défendre les droits du peuple sahraoui à la liberté, à l'indépendance et à la dignité, par des moyens légitimes pacifiques, contre la colonisation militaire marocaine de son pays. 

Les 33 fondateurs sont des défenseurs des droits de l’homme, des syndicalistes, rescapés de prisons secrètes et ex-prisonniers politiques, et parmi eux des militants connus au niveau international. L'assemblée a élu un bureau exécutif, composé de Aminatou Haidar - sa présidente -, El GhaliaDjimi, Mina Baal, Lehsan Dalil, Ahmed Naciri, Abderahmane Zayou, et Mohamed El Moutawakil.

Immédiatement, le Maroc a déployé intimidations et menaces contre les citoyens militants de l'organisation. Une enquête judiciaire est ouverte pour "atteinte à l'intégrité territoriale". L'intégrité territoriale au sens du régime marocain signifie qu'une entité existe entre les deux pays Maroc et Sahara Occidental. Néanmoins, le régime marocain est le seul au monde à soutenir son propre acte militaire d'occupation d'une partie du Sahara Occidental. Pour rappel, la cour de justice de l'Union Européenne a rappelé à plusieurs reprises les dernières années que les deux pays sont séparés et distincts, en cohérence avec le droit international. 

À la même période, le Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l'homme, CODESA, a tenu une réunion suite au départ d'Aminatou Haidar de sa présidence, a réorganisé son fonctionnement et émis plusieurs communiqués de presse et rapports d'actualité de la situation des droits de l'homme au Sahara Occidental occupé. 

EM a récemment interrogé les organisations sur le point précis des ressources naturelles du pays. Madame Oum El Moumnin Yaya, membre du bureau exécutif du CODESA a dénoncé l'exploitation excessive et non raisonnée des ressources halieutiques, pêche et fonds marins, et des ressources minérales - phosphate - du territoire par le Maroc. 

Selon elle ce pillage compromet l'avenir du pays pour les Sahraouis, par l'épuisement des ressources mais aussi par son saccage de la nature et de l'environnement. Selon elle "c'est d'autant plus déplorable que les entreprises étrangères concernées sont engagées de façon agressive dans l'exploitation et le pillage effrénés des ressources naturelles de notre peuple sans nous avoir consulté, ni avoir reçu notre consentement." 

"Bien évidemment nous sommes opposés à la sur-pêche des stocks de poissons de la mer de notre pays, par les centaines de navires marocains, européens, turcs, chinois, japonais, et russes, qui entraîne leurs épuisements." 

À propos des énergies renouvelables solaires ou éoliennes, Madame Oum El Moumnin Yaya à souligné que leur "intérêt écologique‫ ‬est confronté au paradoxe de leur soutien à l'occupation marocaine et à l'injustice envers le peuple sahraoui. Une production écologique ne peut pas être complice d’une occupation militaire et violente. Les actions de sociétés comme l’Allemand Siemens, l’Italien Enel et d'autres entreprises européennes sont illégales, et violent nos droits fondamentaux sur notre avenir et notre terre". 

La recrudescence des pressions des autorités sécuritaires marocaines, sur les militants des droits de l'homme et journalistes sahraouis, si elle réussit à faire perdre du temps à chacun, semble ne pas avoir d'effet sur l'énergie déployée à l’information et à la défense de leurs droits légitimes par les citoyens sahraouis. 

 Équipe Média, El Aaiun - Sahara Occidental occupé, le 8 octobre 2020