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vendredi 16 octobre 2015

Rapport de l'Examen périodique du Maroc, Comité des droits économiques, sociaux et culturels

E/C.12/MAR/CO/4  Version avancée non éditée
Distr. Générale 9 octobre 2015 Original: français

         Observations finales concernant le quatrième rapport périodique du Maroc*
*Adoptées par le Comité à sa cinquante-sixième session (21 septembre – 9 octobre 2015)

1.            Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a examiné le quatrième rapport périodique du Maroc sur l’application du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (E/C.12/MAR/4) à ses 64e et 65e séances (E/C.12/2015/SR.64 et SR.65), tenues les 30 septembre et 1er octobre 2015, et a adopté, à sa 75e séance, tenue le 8 octobre 2015, les observations finales ci-après.
A.            Introduction
2.            Le Comité accueille avec satisfaction la soumission du quatrième rapport périodique du Maroc, les réponses écrites de l’État partie à la liste des points à traiter (E/C.12/MAR/Q/4/Add.1) et le dialogue constructif avec une large délégation interministérielle de haut niveau. Le Comité se félicite également des réponses fournies par la délégation aux questions posées lors du dialogue.
B.            Aspects positifs
3.            Le Comité note avec intérêt la ratification par l’État partie des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme suivants:
a)            La Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, en mai 2013;
b)            La Convention relative aux droits des personnes handicapées et son protocole facultatif, en avril 2009;
c)            Le Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, en novembre 2014.
4.            Le Comité accueille avec satisfaction l'adoption des plusieurs mesures législatives, administratives et institutionnelles facilitant la jouissance des droits économiques, sociaux et culturels par la population, notamment:
a)            L’adoption d'une nouvelle Constitution en 2011;
b)            L’établissement d’un budget sensible à la dimension genre en 2007;
c)            La mise sur pied de plusieurs institutions dont le Conseil Economique, Social et Environnemental, le Conseil National des Droits de l’Homme, l’Institution du Médiateur le Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche scientifique, l’Instance Centrale de Prévention de la Corruption et la Délégation Interministérielle aux Droits de l’Homme.
C.            Principaux sujets de préoccupation et recommandations
            Autodétermination et ressources naturelles
5.            Tout en prenant note de « l’initiative marocaine pour l’autonomie élargie des populations », le Comité réitère sa préoccupation relative à l’absence de solution à ce jour concernant le droit à l’autodétermination du territoire non autonome du Sahara occidental. Le Comité demeure également préoccupé par la situation précaire au retour des réfugiés Sahraouis, déplacés suite au conflit du Sahara occidental, en particulier les femmes et les enfants. Il s'inquiète aussi du fait que l'implication des Sahraouis à l’utilisation et à l’exploitation des ressources n’a pas toujours été respecté (arts. 1 et 25).
6.            Le Comité recommande à l’État partie :
a)            De redoubler d’efforts, sous l'égide des Nations Unies, pour trouver une solution à la question du droit à l’autodétermination du Sahara occidental comme prescrit à l´article 1 du Pacte qui reconnait le droit des peuples à déterminer librement leur statut politique et à assurer librement leur développement économique, social et culturel. Le Comité rappelle que les États parties au Pacte dans les territoires non autonomes sont tenus de faciliter la réalisation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et de respecter ce droit, conformément aux dispositions de la Charte des Nations Unies;
b)            De prendre des mesures pour respecter les droits des réfugiés Sahraouis à leur retour.  Il lui recommande également de garantir le respect du principe de consentement préalable, libre et en connaissance de cause des Sahraouis afin qu´ils puissent exercer leur droit  à profiter et à user pleinement et librement de leurs richesses et ressources naturelles, conformément à l´article 25 du Pacte.
            Mur de sable (Berm)
7.            Tout en notant le souci sécuritaire évoqué par l’État partie, le Comité est profondément préoccupé que le mur de sable,  fortifié des mines antipersonnel, construit par l’État partie entre la partie du territoire du Sahara occidental contrôlé par le Maroc et le reste du territoire, empêche les Sahraouis de jouir pleinement de leurs droits consacrés dans le Pacte.
8.            Le Comité recommande à l’État partie de prendre les mesures adéquates pour permettre aux Sahraouis d’accéder à leurs terres et ressources naturelles et de se réunir avec leurs familles. Il lui recommande d’accélérer son programme de déminage du mur de sable. Le Comité demande à l’État partie de fournir des informations détaillées sur la jouissance par les Sahraouis de tous les droits consacrés par le Pacte dans son prochain rapport périodique.
            Application directe du Pacte
9.            Le Comité regrette que l’État partie n’ait pas donné d’informations détaillées sur des cas dans lesquels les dispositions du Pacte ont été appliquées par les tribunaux nationaux, bien que la Constitution de 2011 reconnaisse la primauté des instruments internationaux ratifiés par le Maroc sur les lois internes (art. 2, para. 1).
10.            Le Comité recommande à l’État partie de prendre les mesures nécessaires pour donner effet au Pacte dans l’ordre juridique interne et d’inclure dans son prochain rapport périodique des informations relatives aux décisions judiciaires ou administratives prises dans ce sens. Il encourage l’État partie à mener des campagnes de sensibilisation auprès des juges, des avocats et de la population en général sur les dispositions du Pacte et sur sa primauté sur les lois internes permettant son application directe. Le Comité attire l’attention de l’État partie sur son Observation générale no. 9 (1998) concernant l’application du Pacte au niveau national.
            Corruption
11.            Le Comité est préoccupé par l’étendue de la corruption dans l’État partie, qui subsiste  en dépit des mesures prises par celui-ci. Le Comité regrette l’absence d’information concernant la prise en compte ou non des commentaires des organisations de la société civile sur le projet de loi 113.12 relative à l’instance de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption. Le Comité prend note de nombreux renseignements fournis sur la lutte contre la corruption, y compris concernant les personnes condamnées pour corruption, suite à la dénonciation des citoyens grâce à la ligne verte établie par le Gouvernement. Toutefois, le Comité regrette l’absence d’information détaillée concernant la protection légale des dénonciateurs, des témoins et la compensation des victimes. Il regrette aussi l’absence d’information sur  l’inclusion ou non dans les rapports annuels que doit présenter cette instance devant le Parlement de la description  des cas de corruption portés à sa connaissance (art. 2, para. 1).
12.            Le Comité recommande à l’État partie :
a)            De redoubler d’efforts pour lutter efficacement contre la corruption et garantir la transparence dans la conduite des affaires publiques, notamment en appliquant la loi 113.12 et en tenant compte des observations des organisations de la société civile;
b)            De veiller à la protection des dénonciateurs et des témoins en garantissant si nécessaire leur anonymat et en les protégeant contre toute forme de représailles ainsi que de fournir une compensation aux victimes;
c)            D’encourager l’instance de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption à faire figurer dans ses rapports annuels une description des cas de corruption traités par elle pour dissuader la commission de tels actes et renforcer l’application effective de la loi;
d)            De mener des campagnes de sensibilisation auprès des responsables politiques, des magistrats, des parlementaires et des fonctionnaires sur la nécessité d'appliquer strictement la loi anticorruption et de tendre vers son élimination complète.
            Discrimination
13.            Le Comité demeure préoccupé par:
a)            L’absence d’une législation anti-discrimination complète interdisant toute forme de discrimination dans la jouissance des droits énoncés dans le Pacte;
b)            Les disparités entre les zones rurales et urbaines dans la jouissance des droits économiques, sociaux, et culturels affectant de manière plus significative les individus et les groupes les plus marginalisés et les plus vulnérables;
c)            La discrimination de fait contre les Amazighs, en particulier concernant leur accès à l’éducation et à l’emploi (art. 2).
14.            Le Comité recommande à l’État partie :
a)            L’adoption et la mise en œuvre d’une loi anti-discrimination complète, qui devrait interdire de manière générale toute forme de discrimination, directe et indirecte, et qui autorise la mise en œuvre de mesures spéciales temporaires en faveur des groupes défavorisés ou marginalisés;
b)            De prendre toutes les mesures nécessaires pour remédier aux disparités régionales qui ne permettent pas à toute la population de jouir sur un pied d’égalité des droits économiques, sociaux et culturels;
c)            Prendre des mesures pour assurer aux Amazighs la pleine jouissance de leurs droits consacrés par le Pacte  en adoptant si nécessaire des mesures spéciales temporaires;
d)            D’assurer que les femmes, les personnes handicapées, les demandeurs d’asile, les réfugiés, les migrants, les Sahraouis, les enfants nés hors mariage et les homosexuels puissent jouir des droits reconnus par le Pacte, en particulier l’accès à l’emploi, aux services sociaux, aux soins de santé et à l’éducation.
A cet égard, le Comité invite l’État partie à se reporter à son Observation générale no. 20 (2009) relative à la non-discrimination dans la jouissance des droits économiques, sociaux et culturels.
            Discrimination fondée sur l’orientation sexuelle
15.            Le Comité est préoccupé par le fait que l’État partie criminalise les relations sexuelles consenties entre adultes de même sexe (article 489 du Code pénal). Le Comité exprime son inquiétude concernant la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre et la stigmatisation et la violence envers ces personnes (art. 2).
16.            Le Comité recommande à l’État partie d’abroger sans délai l’incrimination des relations sexuelles entre adultes de même sexe, de combattre toute discrimination ou stigmatisation contre les lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres fondée sur leur orientation sexuelle et de punir les auteurs de violence motivée par la haine envers ces personnes. Le Comité lui recommande enfin de veiller à ce que ces personnes puissent exercer tous les droits consacrés par le Pacte.
            Egalité des droits entre les hommes et les femmes
17.            Le Comité demeure préoccupé que les progrès pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes sont très lents. Il est aussi préoccupé par  la persistance des stéréotypes sexistes qui empêchent le plein exercice par les femmes de leurs droits économiques, sociaux et culturels. Le Comité:
a)            Exprime son inquiétude concernant les différents projets de lois en cours d’examen qui contiennent des dispositions discriminatoires contre les femmes (arts. 3 et 10);
b)            Regrette que la polygamie soit toujours légale et pratiquée même si l’État partie affirme une diminution de cette pratique (art. 3);
c)            Note avec préoccupation la persistance de la ségrégation, à la fois horizontale et verticale qui existe sur le marché de l’emploi et le très faible taux de participation des femmes au marché de travail. Il est également préoccupé par le fait que les femmes occupent des emplois précaires et moins payés (arts. 3 et 7).
18.            Tenant compte de son Observation générale no. 16 (2005) sur le droit égal de l’homme et de la femme au bénéfice de tous les droits économiques, sociaux et culturels, le Comité recommande à l’État partie :
a)            De combattre la discrimination contre les femmes à travers notamment des campagnes de sensibilisation auprès de la population, en particulier des chefs religieux et traditionnels en vue de l’élimination de toute forme de discrimination fondée sur le sexe. Il lui recommande également de prendre en considération les avis des parties prenantes en vue de l’adoption des différentes lois pendantes, notamment la loi 19.14 relative à l’Autorité pour la Parité et la Lutte contre toutes les formes de Discrimination;
b)            D’abolir la polygamie et de mener des campagnes de sensibilisation pour éliminer les stéréotypes sexistes et promouvoir les droits des femmes;
c)            D'identifier les obstacles rencontrés par les femmes dans l’emploi et la vie professionnelle et prendre des mesures conséquentes, y compris des mesures ciblées, pour la conciliation de la vie familiale avec le monde du travail, qui permettent d´augmenter le taux de participation des femmes. Il lui recommande de continuer à œuvrer pour atteindre un pourcentage acceptable de postes bien rémunérés et à responsabilité occupés par les femmes en adoptant des mesures temporaires spéciales le cas échéant.
            Droit au travail
19.            Tout en prenant note des informations concernant les contentieux du travail réglés grâce à l’intervention de l’Inspection du travail et les affaires devant les juridictions administratives, le Comité trouve préoccupante l’information concernant la durée excessive pour rendre les jugements relatifs aux contentieux du travail et le manque d’effet dissuasif des sanctions qui sont parfois dérisoires ou ne sont pas exécutées (arts. 2 et 7).
20.            Le Comité recommande à l’État partie de prendre les mesures nécessaires pour garantir en droit comme en pratique des recours efficaces et accessibles pour la protection du droit du travail. Il l'encourage à créer des tribunaux spécialisés en matière de contentieux du travail.
            Chômage
21.            Tout en notant les mesures prises par l’État partie visant à faire baisser le taux de chômage, le Comité est préoccupé par le fait que le chômage continue d’affecter de manière plus significative les jeunes et les femmes (arts. 3, 6 et 7).
22.            Le Comité recommande à l’État partie de redoubler d’efforts pour réduire sensiblement le taux de chômage en ciblant les femmes et les jeunes, y compris par des programmes de requalification et de formation professionnelle et technique, en plus des mesures incitatives pour les employeurs. A cet égard, il invite l’État partie à se reporter à son Observation générale no. 18 (2005) sur le droit au travail.
            Personnes handicapées
23.            Le Comité regrette que le projet de loi relatif à la promotion et la protection des droits des personnes handicapées ne soit toujours pas adopté. Le Comité demeure également préoccupé par le fait que malgré que l’État partie ait décidé d’établir un quota de 7% des postes réservés aux personnes handicapées, la mise en œuvre de ce quota n’est pas encore effective et l’emploi de ces personnes ne s’est pas amélioré (art. 6).
24.            Le Comité recommande à l’État partie d’accélérer l’adoption de la loi susmentionnée et de promouvoir son application. Il lui recommande également de prendre toutes les mesures nécessaires pour permettre aux personnes handicapées de jouir pleinement de leurs droits économiques, sociaux et culturels. Il encourage l’État partie à appliquer le quota de 7% et à prendre toute autre mesure spéciale pour faciliter leur accès à l’emploi, à l’éducation et aux soins de santé.
            Salaire minimum
25.            Le Comité est préoccupé par les disparités du salaire minimum entre les différents secteurs d’activité économique. Il exprime sa préoccupation concernant le salaire minimum agricole qui reste bas et ne garantit pas un niveau de vie décent. Il note avec préoccupation que le niveau bas du salaire agricole affecte particulièrement les femmes qui sont surreprésentées dans ce secteur. Il juge aussi préoccupant le fait que le salaire minimum ne s’applique pas aux travailleurs domestiques (art. 7).
26.            Le Comité recommande à l’État partie de garantir que le salaire minimum national s’applique à tous les secteurs, publics et privés, y compris au sein de l’économie informelle. Il demande instamment à l’État d’améliorer le salaire minimum agricole afin qu’il garantisse une existence décente pour les travailleurs et les membres de leur famille. Le Comité recommande à l’État partie de faire respecter le principe légal de salaire minimum, qui soit régulièrement réexaminé et fixé à un montant suffisant pour permettre à tous les travailleurs et travailleuses et aux membres de leur famille d’avoir un niveau de vie décent.
            Economie informelle
27.            Le Comité est préoccupé par le pourcentage élevé des travailleurs employés dans l’économie informelle en dépit des mesures adoptées par l’État partie pour favoriser l’enregistrement des entreprises. De même, le Comité s’inquiète que les travailleurs de ce secteur et les travailleurs indépendants ne jouissent pas de conditions de travail justes et favorables et ne sont pas affiliés à la sécurité sociale. Par ailleurs, le Comité s’inquiète du nombre limité des inspecteurs de travail affectant plus particulièrement les travailleurs dans les zones éloignées ou rurales (art. 7 et 9).
28.            Le Comité recommande à l’État partie de renforcer ses efforts pour réguler l’économie informelle le travail indépendant, notamment en intégrant ces travailleurs dans les régimes de sécurité sociale et en améliorant progressivement leurs conditions de travail. Il recommande également à l’État partie d’étendre de façon systématique les services de l’inspection du travail au secteur informel et aux zones rurales, et de s’attaquer plus fermement aux obstacles à la création d’emplois dans l’économie formelle. A cet égard, il encourage l’État partie à s’inspirer de la Recommandation no. 204 de l’Organisation Internationale du Travail sur la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle (2015).
            Travailleurs domestiques
29.            Le Comité exprime sa préoccupation concernant le projet de loi fixant les conditions de travail et d’emploi des employés de maison qui permet le travail des enfants âgés d’au moins 16 ans qui aurait un impact négatif sur leur droit à l’éducation. Le Comité est aussi préoccupé par l’absence des mesures strictes qui permettent de protéger pleinement les droits des domestiques (arts. 7 et 13).
30.            Le Comité recommande à l’État partie d’adopter le projet de loi fixant les conditions de travail et d’emploi des employés de maison. Il lui recommande de s'assurer que cette loi établisse l’âge minimum à 18 ans et garantisse que les travailleurs domestiques jouissent des conditions de travail justes et favorables comme d’autres travailleurs. Il recommande en outre à l’État partie de mettre sur pied un mécanisme d’inspection pour contrôler les conditions de travail des employés de maison.
            Harcèlement sexuel
31.            Tout en notant la déclaration de l’État partie qu’un projet de loi sur le harcèlement sexuel élargira le champ d’application de cette infraction, le Comité regrette que le harcèlement sexuel soit répandu et s’inquiète que les femmes aient des moyens limités pour obtenir justice et réparation par crainte des représailles ou du discrédit social (arts. 7 et 10).
32.            Le Comité recommande à l’État partie d’accélérer l’adoption du projet de loi sur le harcèlement sexuel, en particulier sur le lieu de travail mais aussi le harcèlement sexuel sous toutes ses formes et en tout lieu, incluant des peines à la mesure de la gravité de cette infraction. Le Comité recommande également à l’État partie de prendre des mesures pour que les victimes puissent déposer plainte sans craindre des représailles et aient accès aux voies de recours et à une réparation adéquate.
            Droits syndicaux
33.            Le Comité réitère sa préoccupation concernant les restrictions au droit de grève, en particulier le maintien des dispositions dissuasives de l’article 288 du Code pénal et les obstacles administratifs pour la constitution des syndicats. Il regrette enfin l’assertion de l’État partie selon laquelle la garantie du droit de grève est conditionnée à l'adoption d’une loi organique (art. 8).
34.            Le Comité réitère sa recommandation à l’État partie de réviser l’article 288 du Code pénal en conformité avec l’article 8 du Pacte et de faciliter la constitution des syndicats. Le Comité lui recommande d’adopter les lois relatives à l’exercice du droit de grève et aux syndicats professionnels. En attendant la promulgation de ces lois, le Comité invite l’État partie à faciliter la constitution des syndicats sur la base de l’article 8 du Pacte.
            Sécurité sociale
35.            Le Comité reste préoccupé par le fait qu’en dépit des nombreuses mesures prises par l’État partie, une grande partie de la population active n’est pas couverte par la sécurité sociale, notamment les travailleurs dans l’économie informelle et dans certaines entreprises privées (art. 9).
36.            Le Comité recommande à l’État partie de continuer le déploiement du système de sécurité sociale afin de parvenir à une couverture élargie de la population. Le Comité demande instamment à l’État partie de faire respecter l’obligation d’affiliation à la sécurité sociale par les entreprises privées, surtout en milieu rural, et d’améliorer la couverture sociale des salariés du secteur agricole tout en s’assurant que ces mesures se basent sur des institutions solides et des procédures accessibles à tous. Le Comité renvoie l’État partie à son Observation générale no. 19 (2007) sur le droit à la sécurité sociale et à sa Déclaration sur les socles de protection sociale (2015).
            Violence envers les femmes
37.            Le Comité est préoccupé par la persistance de la violence à l’égard des femmes et du soutien limité offert aux victimes de violence, par le retard enregistré dans l’adoption du projet de loi sur les violences faites aux femmes et par le maintien de la criminalisation des « relations illicites », qui dissuade les femmes à porter plainte pour viol. Le Comité est en outre préoccupé par le fait que certaines formes de violence au foyer, y compris le viol conjugal, ne sont pas expressément incriminées dans la législation nationale (art. 10).
38.            Le Comité recommande à l’État partie d’adopter une législation globale sur les violences faites aux femmes conformément aux normes internationales en la matière et de veiller à son application en vue d’éliminer toutes les formes de violence à l’égard des femmes, y compris le viol conjugal. Le Comité lui recommande d’abolir la criminalisation des relations sexuelles illicites. Enfin, le Comité recommande à l’État partie de prendre des mesures pour enquêter et poursuivre les auteurs et permettre aux victimes de la violence au foyer d’accéder à des moyens de recours utiles et à une protection immédiate, y compris par la mise en place de foyers d’accueil en nombre suffisant.
            Mariages d’enfants et forcés
39.            Le Comité exprime sa préoccupation concernant l'autorisation légale de célébrer dans certains cas des mariages avant l'âge légal de 18 ans qui a augmenté le nombre des mariages précoces et forcés dans le pays. Le Comité s'inquiète par ailleurs qu'un projet de loi en examen au niveau du Parlement fixe l’âge minimum pour le mariage à 16 ans (arts. 10 et 13).
40.            Le Comité invite l’État partie amender le projet de loi pour fixer l'âge minimum de mariage à 18 ans, d'abroger l’article 20 du Code de la famille qui permet au juge d'autoriser un mariage avant l’âge légal de 18 ans et de veiller à ce que le mariage soit contracté avec le libre consentement des futurs époux.
            Pauvreté
            41.            Tout en reconnaissant les progrès accomplis dans la réduction de la pauvreté, le Comité demeure préoccupé qu’elle continue d’affecter spécialement les femmes, les enfants, les Amazighs, les Sahraouis, les personnes âgées, les personnes handicapées et les personnes vivant dans les zones rurales. Il est également préoccupé par l'absence d'une répartition adéquate et la distribution équitable des ressources (art. 11).
42.            Le Comité recommande à l'État partie d'intensifier ses efforts pour réduire la pauvreté, notamment en utilisant une stratégie de réduction de la pauvreté fondée sur les droits de l’homme qui cible spécifiquement les besoins des individus et des groupes défavorisés et marginalisés, en allouant des ressources financières suffisantes ou autres ressources pour sa mise en œuvre et en veillant à ce que ces ressources soient équitablement répartis entre tous ceux touchés par la pauvreté. À ce sujet, le Comité renvoie l'État partie à sa déclaration sur la pauvreté et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (2001).
            Expulsions forcées et droit au logement
43.            Tout en saluant les efforts et les progrès réalisés par l'État partie dans le domaine du logement, le Comité demeure préoccupé par :
a)            Les programmes de logement qui semblent ne pas couvrir de manière équitable les différentes régions;
b)            Le manque de logements adéquats et abordables à une partie de la population, en particulier dans les zones rurales et le nombre élevé de personnes vivant dans les bidonvilles qui sont vulnérables aux expulsions forcées;
c)            Les cas des sans-abri, y compris des enfants ainsi que les cas d'expulsions forcées liés aux projets de développement qui affectent entre autres les Amazigh (art. 11).
44.            Le Comité recommande à l'État partie de:
a)            Prendre des mesures concrètes pour veiller à ce que les ressources allouées aux programmes de logement soient uniformément et équitablement réparties entre les différentes régions et entre les zones rurales urbaines;
b)            Renforcer ses activités d’amélioration des conditions de vie pour offrir un logement abordable à la population, notamment à ceux qui vivent dans les zones rurales ainsi que dans les bidonvilles urbains et ruraux.  Il lui recommande également de veiller à ce que les projets de relogement comportent également un volet d'appui aux personnes les plus démunies;
c)            Résoudre la question des sans-abris en leur offrant un logement et s'assurer que les victimes d’expulsions forcées bénéficient d’un relogement ou d’une indemnisation adéquate.
À cet égard, le Comité renvoie l’État partie à son observation générale no 7 (1997) sur le droit à un logement suffisant: expulsions forcées et son Observation générale no 4 (1991) sur le droit à un logement suffisant.
            Mortalité maternelle et santé sexuelle et procréative
45.            Le Comité reste préoccupé par le taux élevé de la mortalité maternelle surtout en milieu rural malgré les progrès très importants accomplis par l'État partie. Le Comité est particulièrement inquiet par le fait que 55% des femmes rurales bénéficieraient d’une assistance qualifiée lors des accouchements contre 92% des femmes urbaines. Le Comité s'inquiète aussi que la criminalisation totale de l'avortement pousse plusieurs femmes à recourir clandestinement à des avortements mettant ainsi en danger leur santé et leur vie (art. 12).
46.            Le Comité recommande à l’État partie de fournir à tous des installations, services, biens et information de qualité pour la santé sexuelle et procréative, en particulier dans les zones rurales en formant et en augmentant le nombre d'auxiliaires de santé et en sensibilisant les femmes et les hommes aux besoins de santé sexuelle et procréative. Le Comité lui recommande également d’abroger sa législation concernant l’interdiction totale de l’avortement afin d´adopter une législation compatible avec les droits de la femme et de prendre des mesures pour prévenir les avortements dangereux.
            Education
47.            Le Comité prend note des progrès significatifs dans l’accès à l´éducation mais demeure préoccupé par l’abandon et l'échec scolaire, ainsi que l’insuffisance de la qualité de l’enseignement public. Le Comité s’inquiète de l’ampleur de la privatisation de l'éducation, qui peut conduire à une forme de ségrégation avec une éducation de qualité réservée seulement à ceux qui peuvent payer une scolarisation privée d’élite. Le Comité exprime également sa préoccupation concernant l'accès limité à l’enseignement préscolaire, l'écart entre la scolarisation des filles et des garçons et les difficultés pour les Sahraouis d’accéder à l’éducation, surtout universitaire (art. 13 et 14).
48.            Le Comité recommande à l’État partie de prendre des mesures urgentes pour s’attaquer aux problèmes de la qualité de l’enseignement public, de l’abandon scolaire et de l’échec scolaire. Il lui recommande de développer un système et un programme éducatif adaptés en mettant l’accent sur l'enseignement préscolaire, l'enseignement ou l'alphabétisation en langue maternelle, la formation professionnelle et l'encadrement des enfants ayant abandonné l’école. Le Comité demande instamment à l'État partie de prendre des mesures additionnelles pour améliorer la scolarisation des filles en zones rurales et pour éviter que l’importance croissante de l’enseignement privé se traduise par une inégalité croissante dans l’accès à un enseignement de qualité. Le Comité recommande également à l’État partie de prendre en considération les besoins spécifiques des Sahraouis en vue de leur offrir une éducation qui puisse leur permettre de jouer un rôle utile dans une société libre, favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre les nations et les groupes ethniques.
            Droits culturels
49.            Le Comité prend note que la langue amazighe a été reconnue constitutionnellement comme langue officielle, mais regrette que le projet de loi organique pour la mise en œuvre de cette reconnaissance n’ait pas été adopté à ce jour et du fait que la langue amazighe n'est pas enseignée à tous les niveaux de l’éducation. Le Comité demeure préoccupé par les difficultés pratiques rencontrées dans certains cas par les Amazigh à enregistrer des prénoms amazighs et par le fait que les émissions en langue amazighe ont une place très limitée dans la télévision publique, malgré les efforts de l'État partie. Le Comité exprime aussi sa préoccupation du fait que la langue et la culture saharo-hassanies ne sont pas suffisamment promues. Enfin, il note que des efforts restent à fournir concernant l’accès à la culture et à la science pour tous (art. 15).
50.            Le Comité recommande à l’État partie d’adopter le plus rapidement possible le projet de loi organique sur la langue Amazigh comme une des langues officielles de l’État et de redoubler ses efforts pour offrir l'enseignement primaire, secondaire et universitaire en Amazigh, augmenter la présence de cette langue dans la télévision et régler définitivement la question des prénoms Amazigh. Le Comité recommande aussi à l’État partie de prendre des mesures pour garantir aux Amazigh et aux Sahraouis la jouissance pleine et sans restriction de leur droit de participer à la vie culturelle. Il lui recommande aussi de prendre des mesures additionnelles pour protéger la diversité culturelle et leur permettre de préserver, promouvoir, exprimer et diffuser leur identité, leur histoire, leur culture, leur langue, leurs traditions et leurs coutumes. Enfin, le Comité encourage l'État partie à continuer à faciliter l'accès à la culture et à la science pour tous, y compris l’accès à Internet, en particulier pour les personnes handicapées et les personnes les plus démunies de sa population. A cet égard, le Comité invite l’État partie à se reporter sur son Observation générale no 21 (2009) sur le droit de chacun de participer à la vie culturelle.
D.            Autres recommandations
51.            Le Comité accueille avec satisfaction la déclaration faite par la délégation que l’État partie étudiait la possibilité de ratifier le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Il l’encourage à le ratifier le plus tôt que possible.
52.            Le Comité recommande à l’État partie d'encourager une collecte systématique de données et d’élaborer et d’utiliser des statistiques sur les indicateurs des droits de l’homme, dont les droits économiques, sociaux et culturels, fondées sur de telles données. À cet égard, le Comité renvoie l’État partie au cadre conceptuel et méthodologique concernant les indicateurs des droits de l’homme élaboré par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HRI/MC/2008/3). Le Comité demande à l’État partie de faire figurer dans son prochain rapport périodique des données statistiques annuelles comparatives sur l’exercice de chaque droit énoncé dans le Pacte, ventilées par âge, sexe, population rurale/urbaine et autres critères pertinents, en prêtant une attention particulière à la situation des groupes défavorisés.
53.            Le Comité demande à l’État partie de diffuser largement les présentes observations finales dans tous les secteurs de la société, en particulier auprès des agents de l’État, des autorités judiciaires, des parlementaires, des avocats et des organisations de la société civile, et de l’informer, dans son prochain rapport périodique, des mesures qu’il aura prises pour les mettre en œuvre. Il encourage aussi l’État partie à associer les organisations de la société civile aux discussions qui se tiennent au niveau national avant la présentation de son prochain rapport périodique.
54.            Le Comité demande à l’État partie de présenter son cinquième rapport périodique, conformément aux directives adoptées par le Comité en 2008 (E/C.12/2008/2), d’ici le 31 octobre 2020.

vendredi 18 septembre 2015

Apso répond à Milena Rampoldi pour ProMosaik

Sahara Occidental : "Une occupation coloniale qui dure depuis 40 ans"
Interview de l'association APSO

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par Milena Rampoldi, ProMosaik e.V.
Un entretien très important avec François de l’association APSO, Amis du
Peuple du Sahara Occidental, une association française qui a pour but de faire connaitre la tragédie de l’occupation marocaine du Sahara Occidental. L’association représente une source d’information essentielle sur ce pays tombé dans l'oubli. ProMosaik e.V. vient de parler avec François pour lui poser de questions sur l’association et ses activités, sur la situation du pays et sur les similarités avec la PALESTINE. Il faut lutter pacifiquement pour permettre la décolonisation du Sahara Occidental et son indépendance. Au nom de l’anti-impérialisme il faut s’opposer à cette occupation et à l’injustice. Et il faut aider les prisonniers politiques sahraouis. 

Milena: ProMosaik voit la question du Sahara Occidental comme une question coloniale. Le peuple du Sahara Occidental a le droit de vivre en liberté et dans son identité culturelle. Que vous pensez de cela ?
François : Votre formulation est intéressante, parce que dans la question sahraouie, ce que nous pensons ou considérons personnellement n’est pas très important puisque c’est une question de droit international. Les Nations Unies disent et répètent depuis 1963 que le Sahara Occidental est un territoire à décoloniser et que le peuple sahraoui, qui l’a toujours revendiqué, a le droit d’autodéterminer son avenir et celui des ressources de sa terre, ce qui veut dire aussi le droit de choisir pour l’indépendance. Choisir de parler sa langue, la Hassanya, et de vivre selon sa culture ancestrale nomade… Le Sahara Occidental était depuis 1884 une colonie espagnole. Le mouvement de décolonisation de l’Afrique valait aussi pour ce territoire. La Cour Internationale de Justice l’a réaffirmé en 1975 juste avant l’invasion du territoire par le Maroc et la Mauritanie. L’Assemblée Générale de l’ONU l’a répété en 1979 quand la Mauritanie s’étant retirée et ayant reconnu la République Sahraouie, le Maroc a persisté dans son occupation militaire et a tenté d’envahir tout le territoire, en construisant dans les années 80 un mur de défense qui fait maintenant plus de 2500 km de long.
La charte de l’ONU, et particulièrement le chapitre 73 (chapitre XI) pose précisément les devoirs des colonisateurs, envers le peuple, envers la terre et les ressources qu’ils occupent. Ils « reconnaissent le principe de la primauté des intérêts des habitants de ces territoires. Ils acceptent comme une mission sacrée l'obligation de favoriser dans toute la mesure possible leur prospérité, dans le cadre du système de paix et de sécurité internationales établi par la présente Charte » … voir http://www.un.org/fr/documents/charter/chap11.shtml
Chaque année, l’ONU répète donc que les Sahraouis ont le droit à s’autodéterminer, et jamais le référendum d’autodétermination n’a encore eu lieu. Le blocage vient du Maroc qui, depuis la signature du cessez le feu en 1991 dont c’était la condition, ne tient pas l’engagement pris. Si l’ONU a pris en compte cette volonté de destin sahraoui, c’est que le peuple l’a manifesté, qu’il s’est organisé. En effet, les mouvements de résistance des Sahraouis - quelques soient leurs formes - contre les envahisseurs ont toujours existé, d’abord contre l’Espagne, puis contre les deux nouveaux occupants. Maroc et Mauritanie.
En 1973, les Sahraouis refondent un mouvement de résistance qu’ils appellent le front Polisario, Front pour la libération de Saguia el Hamra et Rio de Oro. En 1976, au lendemain de l’annonce officielle de son départ par l’Espagne, les Sahraouis proclament en exil leur République, la RASD.
Géographiquement, le territoire dont les frontières sont internationalement reconnues est actuellement et depuis la fin des années 80, coupé en deux par le mur évoqué plus haut. C’est un mur militaire marocain, technologiquement très équipé, un mur de défense de la partie dans laquelle le Maroc exploite et pille pour son compte les ressources naturelles du Sahara Occidental. Là encore le droit international ne laisse pas matière à interprétation.
En 2002, Hans Corel, conseiller juridique et secrétaire général adjoint de l’ONU a rendu un avis portant spécialement sur les ressources minérales du Sahara Occidental, leur exploration et exploitation, reprenant les règles du droit international. Sa conclusion était que pour utiliser les ressources naturelles du territoire sahraoui il fallait l’avis et l’autorisation du peuple et que cela soit pour son bénéfice. Cela vaut pour toutes les ressources du territoire. Cette partie occupée représente les ¾ du territoire à l’ouest, côté océan. La partie gérée par les Sahraouis est à l’est, côté désert.
Le territoire dans son ensemble est encore largement pollué des restes de la guerre, mines terrestres et autres engins explosifs, et donc très dangereux. Le mur est un vrai mur, qui sépare les familles sahraouies qui vivent sur leur terre, ou en territoire libéré et à proximité en exil en Algérie comme réfugiés. Concrètement donc les Sahraouis vivent actuellement dans les territoires libérés, en exil, ou dans les territoires occupés militairement par le Maroc, à l’ouest du mur.
De 160 à 200 000 Sahraouis vivent dans les campements de réfugiés, dans le désert salin et aride du sud ouest algérien, proche de la ville de Tindouf, en total dépendance de l’aide humanitaire internationale et dans des conditions extrêmes, 50° d’amplitude thermique, aucune végétation… En territoire occupé, les Sahraouis qui revendiquent leur nationalité le font au risque de leur liberté et parfois de leur vie. Les discriminations par la puissance coloniale sont quotidiennes dans tous les domaines, et les droits humains des Sahraouis bafoués dans tous leurs articles, nous en parlerons plus après dans ce texte.
Cette situation bloquée depuis 40 ans est possible parce que les puissances occidentales la tolèrent et ne font pas suffisamment prévaloir l’impératif du respect du droit international. La France notamment, tout en affirmant que le conflit doit se régler dans le cadre du plan de paix de l’ONU soutient tacitement le Maroc, même au pire de ses exactions, et sans aucune cohérence avec les valeurs nationales de notre pays des droits de l’homme.

 Milena : Quel sont les objectifs principaux de votre organisation ?
François : APSO, les Amis du Peuple du Sahara Occidental, est une association française de solidarité avec les Sahraouis, Nous avons deux axes, l’information et la solidarité directe aux Sahraouis. Nous informons les francophones sur la question du Sahara Occidental par des textes d’actualité ou d’analyse publiés sur les blogs Apso, des contributions dans des médias engagés ou sans concessions comme les vôtres. Nous venons aussi de contribuer à un dossier Sahara Occidental qui paraitra dans le prochain Afrique en Lutte ». Nous assurons des conférences pour tous publics et sur les différents domaines de nos interventions, des débats…
Nous avons aussi réalisé et produit un film documentaire « L’autre côté du mur » (2011) grâce aux compétences d’un de nos membre, Denis Véricel. Ce film documentaire est un support que nous utilisons pour nos conférences, et qui peut aussi s’acquérir en DVD pour des projections privées de ceux que ça intéresse. Et nous avons publié cette année un ouvrage collectif rassemblant des textes que des spécialistes et témoins directs ont écrit à notre demande, c’est « Lutter au Sahara ». C’est aussi Denis qui a coordonné cet énorme travail. Nous y consacrons une partie de cet article plus loin.
La solidarité directe avec les Sahraouis est multiforme, et tient compte de ce que nous avons des compétences mais très peu de moyens financiers. Nous partageons donc avec les Sahraouis connaissances et expériences, avec ceux qui sont en exil en France, dans les campements de réfugiés, où nous soutenons plus particulièrement les démarches en direction de la jeunesse, ou en territoire occupé où nous soutenons les média locaux sahraouis. Nos thématiques d’intervention sont le sport, les arts, les sciences, la culture, les ressources naturelles, l’information et les problématiques jeunesses, la question en général…
Milena : ProMosaik part de l’idée que pour changer quelque chose il faut de l’information engagée, et qu’il faut se mettre en réseau. Comment est-ce que vous pratiquez ça dans votre organisation ?
François : APSO est une association et un réseau. Nous essayons de partager entre nous les actions que nous menons, les courriers, documents, nos expériences, connaissances… ce que nous produisons. Il nous semble plus efficace de ne pas toujours refaire un travail déjà fait, et de garder l’énergie pour autre chose. Nous essayons d’entrer en contact avec d’autres organisations, et de créer et garder des relations, pour croiser les problématiques et occasions d’action. Et nous appartenons au réseau international WSRW, Western Sahara Resource Watch, qui est un observatoire des ressources naturelles du Sahara Occidental. Nous sommes coordinateurs pour la France et de fait spécialistes ici de cette question. Travailler en réseau n’est pas évident, et représente un investissement, mais qu’il faut effectivement faire pour espérer faire changer les choses.
Milena : Parlez à nos lecteurs de votre publication « Lutter au Sahara, du colonialisme vers l’indépendance au Sahara Occidental ».
François :  « Lutter au Sahara, du colonialisme vers l’indépendance au Sahara Occidental » est un ouvrage très important, et qui fait référence sur la question du Sahara Occidental. L’ouvrage a été édité par APSO en avril 2015, avec les encouragements de Noam Chomsky. Les auteurs des 15 articles sélectionnés pour cet ouvrage sont des témoins ou spécialistes directs, qui proposent leur récit ou analyse. Ce sont : Denis Véricel, Edouardo Galeano, Francesco Bastagli, Anna Theofilopoulou, Oliver Quarante, Bill Fletcher Jr, Jacob Mundy, Vincent Chapaux, Ayad Ahram, Juan Soroeta, Jeffrey Smith, Erik Hagen, Alice Wilson, Tara Deubel, Sebastien Boulay, Mohamed Mouloud Mohamed Fadel.
Les chapitres et thématiques sont : Géopolitique du conflit, Le Maroc face au Sahara Occidental, Le Droit - Les ressources naturelles, Regards anthropologiques Les titres des textes : Murs, Fragments du Sahara Occidental, La saga du Sahara Occidental continue aux Nations Unies : Un point de vue de l’intérieur, Le rôle de la France, La lutte au Sahara Occidental : dépasser son invisibilité aux États-Unis, Les Colons marocains au Sahara Occidental : Colonisateurs ou cinquième colonne? , Le rôle de la monarchie dans la fabrique de l’opinion publique marocaine, Sur le conflit du Sahara Occidental et les Droits de l’Homme dans la région, Palestine et Sahara Occidental : Analyse comparative des deux conflits et du droit applicable, L’appropriation du Sahara : Le rôle des ressources naturelles dans l’occupation du Sahara Occidental, Le poisson passe avant la paix, Comment sont organisées les élections dans les camps de réfugiés sahraouis?, Identité sahraouie et intégration des minorités : Point de vue des étudiants sahraouis vivant au Maroc, Résister par la culture, résister pour sa culture. La poésie sahraouie face aux politiques d’occupation du Maroc au Sahara Occidental, Notre jeunesse sahraouie.
Après avoir lu l’introduction et le très beau texte d’Eduardo Galeano qui le suit, il est possible de lire le livre dans l’ordre que l’on veut, selon ses intérêts premiers.
Milena : Comment on peut connecter la question du Sahara Occidental aux autres mouvements anti-impérialistes comme par exemple en Palestine ? Quels sont les points communs ?
François : Les questions sahraouie et palestinienne ont effectivement de grandes similitudes au regard du droit international. Colonies, pratiques coloniales, colons, mur, pillage des ressources naturelles, guerre et bombardements, mines terrestres … Israël et Maroc assoient leur occupation illégale des territoires de Palestine et Sahara Occidental sur une violation constante des résolutions de l'ONU. L’information est très contrôlée dans les deux cas, les médias ou délégations d’étrangers ne peuvent travailler ni attester par leur venue dans les territoires occupés. Une version officielle subjective est diffusée avec insistance, et reprise au niveau international. Cette version ne parle jamais de la répression brutale, des enlèvements, tortures, assassinats, incarcérations arbitraires et abusives… des infrastructures construites pour les colons et militaires, leurs présences, leur maintien, bâtiments dans les villes les ports, les routes et les murs de défense.
Les droits humains violés au Sahara Occidental, que nous avons évoqués ci-dessus, le sont aussi en Palestine. Dans notre ouvrage « Lutter au Sahara, du colonialisme vers l’indépendance au Sahara Occidental », Juan Soroeta propose une analyse comparative des deux conflits et du droit applicable. Cela peut permettre d’approfondir pour ceux qui le souhaitent.
Au niveau populaire, et pour ce que nous avons pu contraster, les Sahraouis rencontrés dans les campements ou en territoire occupé du Sahara Occidental sont très au fait de l’actualité de la Palestine, attentifs, inquiets et solidaires. Nous ne savons pas si la réciproque existe. Les échanges dont nous avons connaissance ont lieu en diaspora. La très belle rencontre entre le réalisateur palestinien devenu anglais, Saeed Tajy Farouki, et l’athlète sahraoui Salah Amaidan, a donné le poignant film « The Runner », Regard d’un Palestinien sur un Sahraoui… En France les nombreux militants de la cause palestinienne sont à l’écoute de ce nous expliquons du problème sahraoui similaire, mais ils ont beaucoup à faire. Peut-être serait-il intéressant de faire plus d’actions - sensibilisations communes, comme une action pour la journée des prisonniers politiques où l’attention avait été attirée conjointement sur Kurdes, Palestiniens et Sahraouis.
Milena : Quelles sont les violations des droits humains les plus importantes en Sahara Occidental ?
François
: La première des violations des droits humains des Sahraouis est celle du non respect de l’autodétermination du peuple. De là découlent toutes les autres. En territoire occupé, le colonisateur marocain use de tous les artifices « classiques » d’un occupant pour priver le peuple de sa dignité, pour tenter de le faire disparaître, et par le pillage de ses ressources naturelles en lui confisquant son avenir. Pour développer en quelques lignes, et considérant les 30 articles de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, on peut ajouter les aspects suivants. Les Sahraouis en territoire occupé n’ont donc pas le droit d’exprimer leurs pensées si elles ne suivent pas la ligne officielle marocaine qui nie leur existence. Ils n’ont pas le droit d’utiliser leur langue, de suivre leurs coutumes, de donner à leurs enfants les prénoms qu’ils souhaitent. Ils ne peuvent pas posséder leur terre, choisir librement leur travail et y être traités équitablement, ils ne peuvent développer leur personnalité sous un régime de peur, espionnage et délation…
Certains Sahraouis reçoivent une allocation de survie accordée par le Maroc pour le prix de leur docilité, et à cette condition, leur indignité. La discrimination quotidienne, violence psychologique, côtoie la violence physique sur les Sahraouis. La violence, la torture et l’assassinat, les arrestations et incarcérations arbitraires, les procès truqués, et aveux extorqués sous la torture sont des pratiques courantes. L’iniquité de la justice marocaine garantit de fait l’impunité aux Marocains, policiers, militaires ou civils qui agressent des Sahraouis.
 
Milena : Parlez-nous de la souffrance des prisonniers politiques
François : Il n’est pas facile de parler de la souffrance des prisonniers politiques sahraouis parce qu’eux-mêmes sont très discrets et pudiques sur leurs ressentis, leurs vécus et quand nous arrivons à être en contact direct avec eux, ils s’inquiètent plus volontiers de notre santé que de nous livrer les difficultés de leur quotidien. Néanmoins, être condamné pour ses opinions, ou en fonction de ses opinions politiques est une injustice fondamentale. Les familles sahraouies ne s’y trompent pas qui fêtent le retour de leurs parents libérés comme des héros quand ils ont purgé la peine qui leur a été imposée pour leurs activités en faveur du respect du droit dû à leur peuple. Nous savons que les prisonniers sahraouis sont particulièrement maltraités dans les prisons marocaines. Ils sont incarcérés avec les prisonniers de droits communs puisque le Maroc nie la présence de prisonniers politiques – Sahraouis et Marocains – dans ses prisons. Ils sont brimés, dévalisés, torturés, mis au cachot aux premiers prétextes… Des membres de notre association ont plus particulièrement soutenu ou parrainé des jeunes hommes pour lesquels des articles ont été écrits. Ce sont Salek Laasairi, condamné à perpétuité, Hassan Dah, condamné à 30 ans après Gdaym Izik, et Saleh Amidan, maintenant libéré après 10 ans de prison. Pour Salek, lire http://apsoinfo.blogspot.fr/2014/05/em-38-jours-sans-manger-pour-protester.html et http://ap-so.blogspot.fr/2014/04/destin-brise-double-peine.html, pour Hassan http://apsoinfo.blogspot.fr/2013/03/hassan-dah-sahraoui-prisonnier.html et pour Saleh http://apsoinfo.blogspot.fr/2012/08/info-em-les-sahraouis-prisonniers.html et http://apsoinfo.blogspot.fr/2012/09/appel-de-jeunes-prisonniers-au-maroc.html.
Saleh avait fait parvenir un message à son cousin lui aussi incarcéré pour ses actes politiques et sorti avant lui, ce sont quelques mots presque poétiques qui sont lisibles ici :
Les prisonniers sahraouis de droit commun emprisonnés à la Prison Noire de El Aaiun, outre des conditions d’incarcérations inacceptables et proches de l’insalubre, subissent eux aussi des violences de la part des autorités coloniales. Les journalistes sahraouis de l’Équipe Média en ont récemment fait état dans un article qui est disponible dans sa traduction en français en suivant ce lien : http://apsoinfo.blogspot.fr/2015/08/abus-et-violences-la-prison-noire-el.html.